Les «civic tech» ont beau susciter la créativité de nombreuses start-up, ces technologies de la citoyenneté peinent encore à séduire l’ensemble des élus et des citoyens. Malgré ces réticences, Armel Le Coz, cofondateur du collectif Démocratie ouverte, est persuadé que les citoyens seront beaucoup plus impliqués à l’avenir.

>>> A lire aussi: Les civic tech à l'assaut de la participation citoyenne

En 2015, un sondage Opinion Way révélait que 74% des Français souhaitaient que les idées politiques viennent des citoyens. Cela explique-t-il le développement d'outils numériques de démocratie participative?

Armel Le Coz, cofondateur du collectif Démocratie ouverte, promeut les civic tech.

Armel Le Coz, cofondateur du collectif Démocratie ouverte, promeut les civic tech. Crédit: Armel Le Coz

Aujourd’hui, de plus en plus de citoyens s’auto-organisent parce qu’ils n’ont plus confiance en nos figures politiques. Beaucoup disent qu’ils ne veulent pas voter, qu’ils ne croient plus en la politique mais ils sont quand même engagés dans des associations.

Et puis tout le monde a pris l’habitude de donner son avis via son smartphone ou sa tablette, sur Facebook et Twitter. L’usager n’est pas que consommateur, il est aussi contributeur. Ces nouveaux usages sont en phase avec l’action démocratique et représentent une réelle opportunité pour les start-up qui développent des civic tech.

Pourtant, le taux de participation sur les applications mobiles comme Stig reste faible comparé au nombre de personnes qui possèdent un smartphone aujourd’hui…

L’important, pour moi, est de multiplier l’offre d’engagement citoyen. Bien sûr, tout le monde ne va pas se mettre à donner son avis sur ces applications du jour au lendemain. Mais il faut considérer que c’est une opportunité de plus pour les citoyens d’être actif en politique. Ces outils numériques ne remplacent pas les consultations classiques, comme les réunions publiques, mais les complètent. C’est d’ailleurs l'un des facteurs de réussite des civic tech. Il est également indispensable que les élus tiennent leurs promesses avec des actions concrètes pour que le citoyen sente que sa participation sert à quelque chose.

D’autre part, c’est mieux si l’outil est indépendant de l’instance politique. On remarque que les plateformes de démocratie participative qui sont à l’initiative de ces instances, comme «Madame la maire, j’ai une idée» mis en place par la ville de Paris, marchent moins bien que celles lancées par une entreprise ou une association. Toujours à cause de ce manque de confiance des citoyens envers les institutions…

L’étude réalisée par La gazette des communes l’année dernière montre que les élus peinent à jouer le jeu de la démocratie participative. 85% continuent à privilégier les réunions publiques pour interagir avec les citoyens…

Ça s’améliore doucement… Un exemple: pendant sa campagne, Benoît Hamon a fait appel aux contributions sur une plateforme en ligne (conseilcitoyenhamon2017.fr) pour améliorer son programme. Il faut dire que les politiques n’ont plus vraiment le choix. Il y a une telle crise de défiance des citoyens qu’ils ont tout intérêt à les écouter davantage! Quand on s’est lancés en 2012, l’idée de remettre le pouvoir entre les mains des citoyens effrayait beaucoup d’élus. Imaginez la consultation des citoyens sur des projets de loi très polémiques comme la loi travail ou le mariage pour tous…

Comment faire en sorte qu’un public très large s’implique dans les civic tech et pas seulement des gens déjà sensibles aux questions politiques?

L'application Stig, lancée en novembre 2016 par Jérémie Paret, compte 11.000 utilisateurs. Crédit: Stig

L'application Stig, lancée en novembre 2016 par Jérémie Paret, compte 11.000 utilisateurs. Crédit: Stig

L’outil numérique ajoute un frein à l’action citoyenne qui est déjà élitiste. On sait que beaucoup de gens cherchent juste à vivre dignement ou même à survivre. Une mère de famille qui élève seule ses trois enfants ne va pas participer aux conseils de quartier, et ne téléchargera pas sur son téléphone une application comme Stig.

Mais là, on touche à un problème de fond: l'éducation. Même si les acteurs de la civic tech vont essayer de sensibiliser plein de publics différents grâce à des rencontres physiques, il y a un énorme travail à faire, qui devrait commencer dès l’école. Notre société a besoin de former des petits citoyens beaucoup plus impertinents, qui co-construisent des lois en ligne et en débattent en classe, au lieu d’apprendre bêtement le nom de nos institutions par cœur! On formerait des adultes qui se sentiraient beaucoup plus légitimes à donner leur avis sur des questions politiques.

>>> Retrouvez tous les articles de 20 Minutes sur l'économie collaborative