Dans le secteur de l’économie collaborative, les petits coups de main entre particuliers ont la cote. On ne compte plus les plateformes de jobbing qui permettent, en trois clics, de proposer ses services en bricolage, déménagement et autres petits dépannages. Au mois de septembre, j’ai moi-même tenté de trouver un petit boulot sur ces plateformes, sans succès. Mais l’une d’entre elle, Lulu dans ma rue, a retenu mon attention pour son fonctionnement plus responsable.

Avec trente salariés et une petite communauté de 230 «Lulu» actifs à Paris, la conciergerie de quartier Lulu dans ma rue ne se limite pas à mettre en relation des particuliers, mais accompagne ses jobbeurs, sans toutefois leur imposer une relation exclusive.

Une vraie rencontre au-delà de l’écran

A l’instar de YoupiJob, AlloVoisins ou Stootie, j’ai proposé il y a un mois mes services en baby-sitting et soutien scolaire sur Luludansmarue.org. Mais cette fois, on ne me demande ni carte vitale, ni photo d’identité pour «valider» mon profil. Deux jours après mon inscription, je passe un rapide entretien de motivation au téléphone, puis je suis convoquée à une réunion d’information, en face à face. Ouf! Ça fait du bien d’avoir affaire à un vrai interlocuteur, et non pas à la traditionnelle Foire aux questions de tous les sites de jobbing qui indique, si on fouille bien, que oui, il faut déclarer ses revenus!

Dans une salle étroite, je me retrouve aux côtés de profils variés: un super bricoleur de 58 ans, un jeune qui a fait l’école du Louvre et veut proposer des cours, ou encore un informaticien de 30 ans attiré par «l’aventure entrepreneuriale». Car à la différence de la plupart des sites de jobbing, avec Lulu dans ma rue, il faut créer son statut de micro-entrepreneur pour commencer à travailler. L’entreprise s’assure ainsi que tout le monde exerce dans la légalité. Avec toutes les contraintes que cela implique: créer son statut, déclarer régulièrement son activité, et surtout, payer des charges.

Quand Lulu soigne la phobie administrative

Mon application Lulu dans ma rue. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Mon application Lulu dans ma rue. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Après une heure de réunion durant laquelle on nous présente le projet de l’entreprise, je rencontre Aude, une des salariées. Son rôle: m’accompagner pendant toute la durée de mon intégration comme Lulu. Après s’être assurée de mes motivations, et avoir rayé de la liste l’arrosage de plantes devant ma moue sceptique, elle m’accompagne dans les démarches administratives. «Beaucoup de “Lulu” souffrent de phobie administrative, et c’est légitime, car c’est compliqué!»

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Enfin, Aude ne me le cache pas: difficile de trouver du baby-sitting ou des cours particuliers. En revanche, les offres de ménage et de repassage se développent bien. Allons-y pour la corvée disparition des faux plis sur chemise… Histoire d’avoir une chance de devenir une vraie «Lulu».

Enfin une évaluation digne de ce nom  

Quelques jours plus tard, je me retrouve derrière la table à repasser d’Antoine, dans le 4e arrondissement de Paris. Objectif: prouver qu’en matière de linge impeccable, je m’y connais. La méthode change des plateformes qui proposent, au mieux, un questionnaire en ligne un peu douteux. Un extrait: «Vous baladez un chien qui n’est pas le vôtre, quand soudain, trois autre chiens sans laisse arrivent. Que faites-vous? Vous tenez la laisse, vous partez en courant ou vous lâchez le chien pour qu’il s’amuse avec les autres?» Eh bien, en voilà une bonne question!

Session repassage avec Fatma, de Lulu dans ma rue. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Session repassage avec Fatma, de Lulu dans ma rue. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Je mets pour l’occasion de cette évaluation «repassage» un tee-shirt pas trop froissé (je n’ai pas de fer à repasser chez moi) pour ne pas éveiller les soupçons de Fatma, la Lulu qui doit m’évaluer. La pression. Cinq chemises plus tard, je repars avec les félicitations de cette Lulu de la première heure. La classe… Avant de découvrir cette conciergerie des temps modernes, Fatma travaillait pour une entreprise de ménage et repassage qui l’envoyait dans tout Paris, sans qu’elle puisse refuser quoi que ce soit, sous peine de perdre son emploi.

«Je n’avais aucune indépendance, et en plus j’étais payée une misère. Là, au moins, je suis libre d’accepter ou pas les offres que je reçois sur l’application mobile», me confie-t-elle. Même si Fatma ne gagne que 12€ net de l’heure sur les 20€ payés par les clients, elle n’échangerait sa place pour rien au monde. Aujourd’hui, elle travaille chez plus de dix clients réguliers et bénéficie des précieux conseils de l’équipe d’accompagnement. «On a une vraie valeur chez Lulu, on n’est pas juste un pion.» Voilà, un mois après mon inscription chez Lulu, j'ai passé le crash test des compétences, j'ai été rapidement formée à l'utilisation de l'application mobile, reste plus qu'à bosser. En ce début d'octobre, je compte déjà trois offres de job sur mon application... Dommage que ma période de test se termine! L'heure du retour à mon «vrai» travail a sonné.