Début septembre, cahiers de notes et ordinateur portable sous le bras, j’abandonnais mes collègues de travail de 20 Minutes pour tester une vie de freelance en coworking. En France, le nombre de  bureaux partagés explose avec plus de 360 espaces, surtout à Paris et sa région. Selon Arthur Loyd, réseau national de conseil en immobilier, le nombre d’espace de coworking a été multiplié par 9 en Île-de-France entre 2012 et 2017, passant de 20 à 177.

Je me faisais une certaine idée de ces espaces de travail. J’imaginais qu’ils étaient occupés par des professions d’indépendants qui sonnent bien: graphiste, écrivain, web designer… Un lieu où toutes ces compétences se mélangent pour créer une espèce de mini-entreprise collaborative.

«Avec le coworking, on ne s’engage à rien»

Mon bureau au Coworkshop, un open space près d'un bureau privé où travaillent deux coachs en séduction. Crédit: A.Bertier/20 Minutes

Mon bureau au Coworkshop, un open space près d'un bureau privé où travaillent deux coachs en séduction. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

En vérité, si ces professions fréquentent en effet les bureaux partagés, au Coworkshop, l’espace que j’ai choisi dans le 10e arrondissement de Paris, ce sont surtout des petits groupes de salariés qui ont investi les lieux. Dans la partie «résidents», autour de bureaux au design épuré, chauffent les cerveaux de Marie et Clara, chargées de relations presse, Soraya, commerciale, ou encore Thomas et Yann, coachs en séduction. Quant à moi, je m’installe au milieu de tout ce petit monde. L’espace «résident» a l’avantage d’être plus calme et confortable que le côté «nomade». Je suis à l'affût des synergies censées se créer en espace de coworking, mais pas de chance: l’ambiance est amicale entre les différents groupes de travail. Le problème, c’est que chacun est pris dans ses tâches. Et moi la première!

Entre deux articles, je discute avec Yann et Thomas, qui ont créé leur start-up de coaching en séduction il y a 7 ans. Au début, ils travaillaient de chez eux, «comme tout le monde». Très vite, ils se sont sentis à l’étroit et mal à l’aise pour accueillir leurs clients. Au Coworkshop, ils ont opté pour un bureau privé, qui leur coûtent 1.000€ par mois. Un peu moins cher qu’un bureau classique à Paris, et surtout, «beaucoup plus pratique», selon Thomas. «On ne s’engage à rien puisqu’on n’a pas de bail, on n’a pas besoin d’investir en matériel comme une imprimante, et on a accès à une salle de réunion», détaille-t-il.

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Même constat du côté d’Oasis, start-up de location d’appartements. Voilà deux ans que tous les salariés de la jeune pousse américaine se mettent progressivement au coworking. «Pour le prix que l’entreprise paie ici (345€ par poste), on aurait un 30m2 dans un bureau privé, sans les charges», analyse Elisabeth. Impossible, pour les 6 salariées qui doivent stocker du linge d’appartement, d’avoir si peu de place.

A chaque espace sa propre ambiance

Clara et Marie sont chargées de relations presse pour l'entreprise Insiders. Crédit: A.Bertier/20 Minutes

Clara et Marie sont chargées de relations presse pour l'entreprise Insiders. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

En plus de ces avantages, Lucile apprécie particulièrement de pouvoir échanger avec les autres entreprises présentes. «Tout le monde est jeune, avec des start-up aux petits budgets… Ça crée une ambiance sympa.» Pourtant, depuis une semaine, c’est plutôt calme. Chacun est un peu sans sa bulle et le mythe que je m’étais construit autour du coworking commence à faner.

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Ce n’est pas vraiment un problème pour moi: j’aime bosser en open space tout en étant concentrée sur mon travail. Finalement, je suis aussi efficace qu’à la rédaction. «L’ambiance dépend des moments, me confie Lucile. Il y a quelques mois, il y avait plus d’échanges que maintenant, on allait boire des verres de temps en temps après le travail, on avait créé un groupe Facebook avec des petits événements…»

Casaco, à Malakoff, est un espace de coworking dédié aux entrepreneurs sociaux. Crédit: A.Bertier/20 Minutes

Casaco, à Malakoff, est un espace de coworking dédié aux entrepreneurs sociaux. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Mais à Paris, la concurrence est rude entre les espaces, et le turn-over important. Danyela, jeune entrepreneuse, a testé plusieurs espaces avant de trouver la perle rare: Casaco à Malakoff, dans le sud de Paris. Comme de nombreux espaces de coworking, Casaco s’adresse à un type de travailleurs particuliers: ceux qui évoluent dans le milieu de l’économie sociale et solidaire, des petites start-up aux entreprises plus installées. Et contrairement au Coworkshop, Casaco met en place une quinzaine d’animations par mois pour que les gens se rencontrent. «Par exemple, une coach vient une fois par mois gratuitement pour aider les gens à développer leur activité, les gérants organisent des apéritifs…» Le tout pour 340€ par mois côté résident, contre 345€ au Coworkshop.

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«Le côté collaboratif dépend toujours de l’énergie que vont mettre les gérants à créer des synergies entre les travailleurs», analyse Nicolas. Ce responsable marketing pour une grande marque de guitare se satisfait malgré tout du Coworkshop. «Tout dépend de ce que tu recherches. C’est sympa aussi de juste bosser près de personnes qui travaillent dans d’autres secteurs que le tien. Ça ouvre un peu l’esprit…» Personnellement, je ne pense pas devenir coach en séduction. Mais le coworking m’a plutôt conquise.