Si vous avez suivi mon aventure 100% économie collaborative, vous savez que la rédaction m’avait lancé comme défi de vivre à la mode «écoco» pendant tout le mois de septembre. Je me suis alors installée en espace de coworking, j’ai été bénévole dans une recyclerie sportive, je suis partie en weekend grâce à des plateformes collaboratives. En tout, j’ai testé une vingtaine de services. Voilà ce que je retire de cette aventure autour du partage, de ses promesses et ses désillusions.

A chacun son usage de l’économie collaborative

Claude, le pilote qui m'a emmenée jusqu'à Strasbourg en coavionnage. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Claude, le pilote qui m'a emmenée jusqu'à Strasbourg en coavionnage. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Economie collaborative ne rime pas toujours avec solidarité et partage. Dans ce vaste écosystème, il y en a pour tous les goûts. Par exemple, les plateformes de coavionnage tiennent leur promesse en rendant accessible une activité habituellement luxueuse (122€ un Paris-Strasbourg), mais mieux vaut ne pas trop se préoccuper des enjeux en termes d'émission de gaz à effet de serre pour avoir l’audace de monter à bord. Ce que j’ai fait, mais uniquement pour tenter l’expérience.

En revanche, ce mois collaboratif a été pour moi une vraie porte d’entrée vers une consommation plus responsable sur le long terme: je rencontre chaque semaine le maraîcher de mon Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne), je suis l’évolution de mon supermarché coopératif au travers des assemblées générales, je n’achète plus mes vêtements mais les loue, et je privilégie le «Do it yourself» (faites-le vous-même). Je passe aussi la seconde dans le secteur du logement, en misant sur Warmshowers ou Couchsurfing, qui favorisent les belles rencontres, quand Airbnb les monétise (Airbnb expériences). L’absence de relation pécuniaire entre particuliers, ce qui est le cas sur les deux autres plateformes, favorise largement les échanges de qualité.

Les habitués de l’économie collaborative ne se ressemblent pas

Pierre, une belle rencontre grâce aux Talents d'Alphonse. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Pierre, une belle rencontre, grâce aux Talents d'Alphonse. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Durant mon expérience, j’ai rencontré des profils aussi variés que les services de l’économie collaborative sont nombreux. Sur Warmshowers, j’ai eu autant affaire à des couples qu’on pourrait facilement ranger dans la case «bobos écolos», pros du zéro déchets et «amapiens» depuis des années, qu’à des personnes qui font usage de ce service collaboratif par passion du vélo, mais ne sont présents sur aucune autre plateforme.

J’ai aussi rencontré les inconditionnels de Blablacar, qui multiplient les trajets dans le but de se faire une belle cagnotte, sans complexe, et un féru de photographie, qui m’a donné des cours uniquement pour le plaisir de transmettre. Bref, l’économie collaborative concerne beaucoup de monde.

Les loisirs beaucoup moins chers

Mon expérience de VizEat chez Tom, qui projette d'ouvrir son bar resto. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Mon expérience de VizEat chez Tom, qui projette d'ouvrir son bar-restaurant. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

En général, les rencontres marquantes vont de pair avec les petites économies. Dans le cadre de mon expérience, cela s’est particulièrement vérifié sur mon temps libre: mon hébergement avec GuestToGuest m’a coûté 25,50€ pour deux nuits en plein centre historique de Strasbourg. J’ai dîné chez un inconnu avec VizEat, pour 18€. Si j’avais payé 40€ pour un repas aussi généreux (boissons incluses) et qualitatif au restaurant, je me serais estimée heureuse.

Autre plan économique testé ce mois-ci: des cours particuliers de photo à Paris pour 15€ de l’heure, avec Les Talents d’Alphonse. Si la prestation n’est certainement pas la même avec un professionnel, le tarif est lui aussi bien différent: jusqu'à dix fois plus élevé. Alors, quand vient le moment de faire les comptes, les «petites économies» s’avèrent flagrantes. Deux nuits, un dîner et six heures de photo 100% «écoco» me reviennent à 131,5€. Ce n’est même pas le prix de deux nuits en chambre d’hôtel dans le centre de Strasbourg…

J’économise de l’argent, je m’investis en temps

Panier particulièrement fourni ce jeudi. Quand on fait la distribution, on emporte le rab de légumes. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Panier particulièrement fourni ce jeudi. Quand on fait la distribution, on emporte le rab de légumes. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Si l’économie collaborative permet de soigner son compte en banque, elle nécessite en contrepartie de gérer quelques contraintes et déceptions. Je dois me rendre disponible le jeudi soir pour récupérer mon panier Amap, pas toujours aussi bien garni que ce que je voudrais, et m’impliquer dans les distributions.

Je contribue par ailleurs au fonctionnement d’une coopérative alimentaire trois heures toutes les quatre semaines, alors que les prix des produits ne sont pas si intéressants qu’annoncé. Certains sont certes moins chers que dans le conventionnel, mais d’autres beaucoup plus… Au final, je fais un peu la grimace à la caisse.

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Par ailleurs, les bons plans de l’écoco ne se décrochent pas si facilement: on n’obtient ni un logement (presque) gratuit avec GuestToGuest, ni un petit boulot sur les plateformes de jobbing, en un claquement de doigt. Il faut savoir anticiper, être persévérant, et même jouer des coudes avec la concurrence dans le cas du jobbing, soumis à la dictature du commentaire. Et là, bon courage…

Encore du chemin à parcourir pour les start-up

J'ai loué cette robe chez Hylla, une penderie partagée à Paris. Crédit: J.Decoster

J'ai loué cette robe chez Hylla, une penderie partagée à Paris. Crédit: J.Decoster

En juillet 2016, 90.000 start-up composaient le secteur mondial de l’économie collaborative, selon le ministère de l’Economie. Et ces jeunes pousses ont plutôt intérêt à s’accrocher, pour intéresser le grand public sur les enjeux qu’elles défendent. Les plateformes de prêt d’objets comme Mutum peinent encore à convaincre, de même que la penderie partagée parisienne Hylla ne compte que 350 abonnées un an après sa création.

L’association La Recyclerie sportive, pour laquelle j’ai été bénévole pendant mon mois de test, a quant à elle encore du mal à attirer le grand public vers des équipements sportifs d’occasion. «Sur tous ces usages, la prise de conscience est encore lente», m’avait prévenue Emilie Morcillo, experte en économie collaborative et ambassadrice du salon Share Paris. Une flopée de jeunes entrepreneurs persistent pourtant à secouer les vieilles habitudes, et ce n’est pas près de s’arrêter: le ministère estime à 302 milliards d’euros le marché mondial de l’économie collaborative en 2025 contre 20 milliards en 2013. Allez, on refait le test dans huit ans?