Ma première expérience collaborative, comme la majorité des gens, s'est passée du côté de la route, avec Blablacar. Une pratique devenue un réflexe pour moi, dès que je pars en week-end. Mais cette fois, je me suis laissée tenter par «le luxe à portée de main», proposé par les plateformes de coavionnage comme Wingly ou Coavmi. Le principe: embarquer à bord d'un petit avion aux côtés d'un pilote amateur. Il partage ainsi ses frais avec les passagers, exactement de la même manière que le covoiturage.


Les seules fois où j'ai pris l'avion en France, c'était pour aller à Toulouse avec une compagnie low-cost et une centaine de personnes à bord. L'idée de me rendre à Strasbourg depuis Paris en coucou me semble complètement improbable. Les surprises de l'économie collaborative... Il y a encore très peu d'offres de coavionnage en France suite à la polémique qui a agité la Direction générale de l'aviation civile et les plateformes pendant 2 ans. Je trouve beaucoup plus de balades aériennes que d’allers simples.

Sur le site Wingly, je tombe quand même sur un vol vers Strasbourg, où j’ai prévu de rejoindre des amis. Claude a de super commentaires sur son profil et plus de 4.600 heures de vol à son actif. Plutôt rassurant. Le trajet me coûte 122€, soit à peu près le prix d'une première classe en TGV.

«J’ai horreur de la voiture»

Claude, devant son avion, juste avant le décollage. Crédit: A.Bertier/20 Minutes

Claude, devant son avion, juste avant le décollage. Crédit: A.Bertier/20 Minutes

Claude récupère 100€ sur cette somme, commission de la plateforme déduite. «On est obligé d'être dans le partage de frais en coavionnage, sinon c'est illégal, rappelle-t-il. Comme j'estime le coût de ce vol à 1.100€ de l'heure (essence, maintenance, redevance aéronautique, etc) et que je peux prendre 5 passagers à bord, je prends un peu plus de la moitié des frais à ma charge», détaille Claude. Il est réglo, mon pilote.

Mais sur ses trois expériences de coavionnage, il n'a fait le plein de passagers qu'une seule fois. «J'ai horreur de la voiture, me confie cet ancien directeur d'une grande compagnie d'assurance. Je prends systématiquement l'avion pour aller à Strasbourg, Toulouse ou Rennes, au moins deux fois par mois. Alors autant que je partage ça avec quelqu'un.»

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Le jour-J, je le retrouve à 16h à un arrêt de métro, sa BMW en warnings. Le septuagénaire m'attend en costume cravate... et lunettes de vue. «Utiles uniquement pour lire», m'assure-t-il. Surtout, ne pas commencer à se faire des films. Sur le trajet vers l'aéroport de Toussus-le-Noble, au sud-ouest de Paris, Claude me vante les qualités de son avion, qu'il ne loue pas à l'aérodrome, contrairement à ce que j'imaginais. Le F-HFMC lui a coûté la modique somme de 3,8 millions d'euros.

J'apprends qu'il n'approuve pas le coavionnage quand il s'agit de voler avec les locations de l'aérodrome, des petits avions «qui ne volent pas haut». Mais avec le sien, et sa certification «IFR» (Instrument flight rules), on peut atteindre plus de 8.000 mètres d'altitude, ce qui optimise nos chances de décoller, même par très mauvais temps. Bref, la grande classe. Ça tombe bien, il se met à pleuvoir.

Un trajet de luxe pas si rapide

La petite flèche violette sur l'écran : c'est nous. On atterrit bientôt! Crédit: A.Bertier/20 Minutes

La petite flèche violette sur l'écran: c'est nous. On atterrit bientôt! Crédit: A.Bertier/20 Minutes

Trois quarts d'heure de route plus tard, je découvre l'avion et la mine enthousiaste de Claude, alors qu'il procède à un petit check-up du moteur de l'appareil. Je m'installe dans la carcasse qui renferme 5 confortables sièges en cuir. J'ai l'impression d'être dans un vieux James Bond. Ma mission: noter l'heure de décollage et d'atterrissage. Ok, ça devrait aller.

Claude s'improvise stewart avant le décollage, et manie l'humour, pour mieux faire passer l'histoire des masques à oxygène en cas de galère. Puis il communique avec la tour de contrôle, branché sur la fréquence radio qui crache des «Alpha Tango Charlie» toutes les deux secondes. A 18h, on décolle enfin. Le baptême de l'air des temps modernes peut commencer.

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Le pilote bidouille un tas de boutons et m'explique tout. J'ai cette sensation grisante d'accéder à quelque chose d'exceptionnel. Après une heure de vol, de belles sensations et un coup de stress (une petite panne pendant le vol empêchait la tour de contrôle de voir notre altitude), je ne suis pas mécontente d'atterrir.

Après l'atterrissage, il faut encore parquer l'avion dans le hangar. Crédit: A.Bertier/20 Minutes

Après l'atterrissage, il faut encore parquer l'avion dans le hangar. Crédit: A.Bertier/20 Minutes

Mais je suis encore loin d'être arrivée à destination: il faut parquer l'avion dans le hangar, remettre la main sur les clés de l'appareil que Claude a égaré, et aller jusqu'à l'aérogare où le pilote me dépose en voiture. J'arrive à la gare de Strasbourg à 19h35, soit plus de 4h après mon départ de Paris. En covoiturage, il faut compter une demi heure de plus de trajet, mais c’est 4 à 5 fois moins cher.

Moins sexy que le coavionnage, meilleur plan pour les défenseurs de l’environnement et adeptes des «petites économies collaboratives»... A chacun son arbitrage. Pour moi, finis les trajets de luxe; le retour de Strasbourg, ce sera sur le macadam.