Une pastille représentant un micro-ondes, un portable ou encore une tasse à café… Si vous apercevez une de ces icônes bleues sur la devanture d’un commerce, c’est qu’il fait partie du Carillon. A presque deux ans d’âge, le réseau d’entraide aux sans domicile fixe voit de plus en plus grand. D’où le lancement d’un appel aux dons le 30 juillet 2017.

Plus de 500 commerces solidaires

Les pictogrammes du Carillon permettent aux SDF de savoir quel type de service leur est proposé.

Les pictogrammes du Carillon permettent aux SDF de savoir quel type de service leur est proposé.

Boire un verre d’eau, recharger son téléphone, aller aux toilettes, etc. «Les services tels que ceux-ci font du bien et c’est grâce au Carillon qu’on peut les obtenir», explique Dimitri*, sans domicile depuis trois ans. Né en décembre 2015 dans le 11ème arrondissement de Paris, le réseau solidaire rassemble des commerçants qui accueillent et aident les personnes démunies. Depuis le début de l’année 2017, Le Carillon tisse sa toile dans quatre autres grandes villes françaises: Nantes, Lille, Marseille et Bordeaux. «On est aujourd’hui présent dans quinze arrondissements parisiens et 540 commerces font partie du réseau sur toute la France. Il est difficile d’évaluer combien de personnes bénéficient des services, mais on sait que, par exemple dans le 11ème, cinquante commerçants rendent entre 500 et 600 services chaque mois», explique Louis-Xavier Leca, fondateur du Carillon.

En plus des pictogrammes, des bons distribués dans la rue par les 130 bénévoles permettent aussi aux SDF de savoir à quoi ils ont droit et où. En effet, le Carillon n’a pas la prétention de tout faire tout seul: «On est partenaires d’une cinquantaine d’associations en France. Dix réseaux existent, allant de la bagagerie solidaire aux hôpitaux psychiatriques en passant par les associations de lutte contre le proxénétisme», détaille Louis-Xavier Leca.

«Ca me permet de rester actif et d’aider les autres»

Mirabelle, sans domicile depuis 3 ans, est devenue ambassadrice pour Le Carillon.

Mirabelle, sans domicile depuis 3 ans, est devenue ambassadrice du Carillon.

Si les carillonneurs travaillent en lien avec les associations, la nouveauté cette année est le développement de l’entraide entre SDF: «On compte une vingtaine d’ambassadeurs parmi les sans abris. Ils informent sur l’existence du Carillon dans la rue et, comme les bénévoles, distribuent des bons», précise Laura Gruarin, coordinatrice du pôle sensibilisation du réseau solidaire. Un relais d’information pour l’association La Cloche, porteuse du projet Le Carillon, et une aide sociale pour les personnes sans domicile: «Ca me permet de rester actif et d’aider les autres», remarque Louis, ambassadeur pour Le Carillon et SDF depuis 7 mois. Même constat pour Mirabelle, aussi ambassadrice, qui dort dans un parking du 15ème arrondissement parisien: «Personnellement ça me fait du bien, je me sens utile. J’espère me réintégrer à la société par cette voie.» Pour Louis, dans la rue, le principal frein à ce genre d’initiative reste la peur: «Certaines associations sont surmenées donc les SDF hésitent à s’orienter vers elles car ils ont peur de ne pas y trouver de l’aide, de ne pas pouvoir discuter.» L’homme de 51 ans explique aussi que «les gens ne comprennent pas. Ca reste compliqué de leur dire: "Je suis dans la rue et il faut m’aider". Il va y avoir pleins de questions auxquelles on n’est pas capable de répondre.»

Des cloches qui sonnent de plus en plus fort

Le bar La P'tite Charonne a rejoint le Carillon il y a un mois.

Le bar La P'tite Charonne a rejoint le Carillon il y a un mois.

La proximité est le fer de lance du Carillon et de nouveaux commerces entrent au fur et à mesure dans le réseau. C’est le cas pour La P’tite Charonne, située dans le 11ème arrondissement de Paris, et sa gérante Clémence Janoray: «On a rejoint le réseau Le Carillon il y a un mois. On propose plusieurs services aux SDF qui viennent en dehors des heures de service, quand c’est plus calme. Ils sont respectueux, reçus comme les autres clients et on discute avec eux; c’est du donnant-donnant.» En se nationalisant, le réseau va aussi devoir s’adapter: «Par exemple à Marseille, il n’y a pas beaucoup de toilettes publiques. Du coup, le service à développer est l’utilisation des toilettes des commerces. Le principe reste le même partout, mais Le Carillon doit prendre en compte les problématiques des villes», explique Louis-Xavier Leca. Une évolution qui ne va pas sans des dépenses supplémentaires: «En ce moment on développe deux projets: des animations pour les entreprises autour du monde de la rue et du lien social, et des modules de micro-dons chez certains commerçants. L’idée est que si le client paye 18,40€, il peut arrondir à 19€ pour reverser un peu d’argent au projet», explique le directeur.

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Malgré tout, les fonds manquent et l’association sollicite pour la première fois les particuliers en proposant, via son site, de parrainer un commerçant. Vendeurs, bénévoles et sans abris, c’est maintenant sur tous les citoyens que Le Carillon compte pour créer une deuxième forme de solidarité.

*Les prénoms des personnes sans domicile ont été changés