Dans une cour intérieure, des vélos sont posés à l’envers sur le bitume. Caroline, les mains dans le cambouis, suit attentivement les conseils de Philippe. Ce bricoleur chevronné, salarié de la première recyclerie sportive de Paris, est en tenue de circonstance, avec son pull floqué d’un «J’aime mon vélo». Caroline, voisine des «Grands voisins», cet ancien hôpital du 14e arrondissement où est hébergée la recyclerie, était venue donner une vieille imprimante dont elle ne savait plus quoi faire. Elle a fini face à son vélo poussiéreux pour un atelier d’autoréparation.

caroline écoute les conseils de Philippe pour entretenir son vélo. Crédit: A.Bertier / 20 Minutes

Caroline écoute les conseils de Philippe pour entretenir son vélo. Crédit: A.Bertier / 20 Minutes

«J’ai beaucoup à apprendre», dit Caroline en souriant. Ce jeudi, une dizaine de personnes sont réunies autour de vélos à l’état plus ou moins cadavérique. Salariés et bénévoles de la recyclerie sportive s’arment de patience et de savoir-faire pour conseiller les visiteurs et donner une seconde vie à ces deux-roues. Marc Bultez a créé la première recyclerie sportive d’Ile-de-France à Massy (91) en janvier 2016, puis à Paris il y a un mois. Son maître-mot: le réemploi.

Après avoir dépensé son énergie dans des agences de conseil, de marketing ou de voyage liées au monde du sport pendant dix ans, l’ancien judoka se réjouit d’avoir trouvé du sens à sa vie professionnelle. «J’ai eu la chance de perdre mon emploi pour réfléchir à ce que je voulais vraiment», lance-t-il. Assis sur une chaise fabriquée avec des skis, une trousse en ballon de rugby dans la main, Marc Bultez se montre modeste mais heureux de sa réussite.

Marc Bultez dans la partie "ski" de la recyclerie. Crédit: A.Bertier / 20 Minutes

Marc Bultez dans la partie "ski" de la recyclerie. Crédit: A.Bertier / 20 Minutes

Sa recyclerie sportive compte huit salariés, 600 adhérents et une trentaine de bénévoles. Il compte mettre en place, dans les prochains jours, des conférences autour du sport qui auront lieu une fois par mois, ainsi que des cours de sports dans la salle attenante à la recyclerie. «On veut développer ici tout un écosystème autour du sport, et du développement durable», explique-t-il.

30 tonnes de matériel récolté

Contrairement à l’espace de Massy, qui accueille un public populaire, les visiteurs de Paris sont plutôt des «hipsters» selon Philippe, l'un des salariés. Des hipsters, peut-être, mais surtout «un public aisé qui est dans la surconsommation et qui tente de faire un geste», remarque Marc Bultez. Clubs de golf, vélos, combinaisons de plongée, raquettes de tennis… L’équipe de Marc a déjà récolté 30 tonnes de matériel sportif destiné à être réemployé ou transformé. Ces équipements proviennent des particuliers, des entreprises comme Decathlon ou des collectivités. L’adhésion annuelle de 5€ est indispensable pour tout achat.

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Ceux qui ne veulent pas se séparer de leur matériel peuvent apprendre à farter leurs skis, recorder leurs raquettes, redresser une roue de vélo. Il leur suffit pour ça de s’acquitter d’une cotisation annuelle de 15€ à 25€. Luca, victime d’un petit accident la semaine dernière juste devant la recyclerie, démonte la roue arrière de son deux-roues. «De temps en temps je demande un petit conseil. Mais j’ai l’habitude de ce genre d’endroits. En Italie, d’où je viens, c’est très développé.»

Un million d’euros pour les ressourceries parisiennes

Les adhérents de la recyclerie sportive s'attellent à la réparation d'un vélo. Crédit: A.Bertier / 20 Minutes

Les adhérents de la recyclerie sportive s'attellent à la réparation d'un vélo. Crédit: A.Bertier / 20 Minutes

Sergio et Jonhatan, qui travaillent à la ressourcerie créative voisine, donnent un coup de main à la recyclerie sportive. Son truc, à Jonhatan, «c’est plus la voiture que le vélo», mais devant la carcasse de deux-roues qu’un particulier a déposée, il garde le sourire. «D’ici à la fin de la journée, j’aurai réussi à le réparer.» Il pourra alors le revendre une bouchée de pain.

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«L’avantage d’une recyclerie sportive est que c’est très inclusif. Cela permet à tout le monde d’accéder à des équipements assez cher sur le marché», explique Antoinette Guhl, adjointe à l’économie sociale et solidaire à la Mairie de Paris. Marc Butez propose par exemple des vélos électriques récupérés chez Decathlon et «refabriqués» pour être vendus entre 300 et 500€, contre environ 1.000€ sur le marché. Paris compte actuellement 12 ressourceries et le conseil de Paris vient de décider d’attribuer un million d’euros à ces structures. Huit autres devraient ainsi voir le jour d’ici à la fin du mandat d’Anne Hidalgo.