«On nous a appris à être passifs, alors qu’on est tous capables de créer», lance, dans un élan d’enthousiasme, Hortense Sauvard. La fondatrice de la plateforme Oui Are Makers (ouiaremakers.com) sera présente ce week-end à la Cité des sciences de Paris à l’occasion de la Maker Faire, qui a accueilli 65.000 visiteurs l’année dernière.

Sur Oui Are Makers, les utilisateurs s'inspirent et partagent leurs savoir-faire. Crédit: Oui Are Makers

Sur Oui Are Makers, les utilisateurs s'inspirent et partagent leurs savoir-faire. Crédit: Oui Are Makers

Petit robot quadrupède, livre végétal, table tactile, meubles customisés… Créé il y a un an, le site Oui Are Makers compte plus de 2.000 tutoriels en libre accès. Il réunit une communauté de 10.000 makers, amateurs et professionnels confondus, qui prennent le temps de publier leurs processus de création, gratuitement.

Un esprit «open source»

«Nos utilisateurs sont entraînés par un état d’esprit open source», explique Hortense Sauvard. Kesako? «Quand on trouve une solution à un problème, on est contents et fiers d’en faire profiter les autres gratuitement. C’est gratifiant», analyse cette maker passionnée. Pierre, développeur web de 25 ans, fait partie de cette génération qui a toujours connu le monde digital. Utiliser des tutoriels et ligne et en proposer est pour lui une démarche naturelle. «C’est comme ça qu’on s’améliore et qu’on fait avancer la communauté.» Il partage ses techniques de développement web sur GitHub, fabrique des robots grâce à des tutoriels de blogueurs ou des plateformes comme instructables.com.

Pierre, 25 ans, a créé un accordéon "silencieux". Crédit: Pierre Banwarth

Pierre, 25 ans, a créé un accordéon "silencieux". Crédit: Pierre Banwarth

En avril dernier, le jeune homme a gagné un concours de makers organisé par OAM. Il a proposé son tutoriel, comme 25 autres adeptes du «do it yourself». Le mode de fabrication de son accordéon «silencieux» a été vu plus de 1.000 fois.

«Je ne pouvais pas en jouer tard le soir, alors il fallait que j’invente quelque chose. C’était un vrai besoin. Le but, avec ce tutoriel, est d’être ouvert aux remarques et pistes d’amélioration. Je peux en échange aider les autres grâce à mes connaissances en code.»

En se confrontant aux avis des internautes, Pierre espère ainsi améliorer son produit et permettre à d’autres de s’en inspirer pour leurs propres réalisations. «Tout seul, on va plus vite mais à plusieurs, on va plus loin. Ces passionnés qui communiquent entre eux et se soumettent aux réflexions de la communauté inventent les produits de demain», résume Christophe Raillon, directeur du projet d’ateliers TechShop de Leroy Merlin, l’enseigne organisatrice de la Maker Faire. Si le tutoriel de Pierre a été jugé «très complet, bien expliqué avec du contexte», par le jury du concours de Oui Are Makers, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. «Au moment de  leur inscription, les gens sont guidés pas à pas. S’ils publient un tuto avec des fautes d’orthographe, des photos de trop mauvaise qualité, on est là pour leur dire. Mais on n’exclut personne», explique Hortense Sauvard.

«Ma génération n’est pas née avec une tablette dans les mains»

Ce livre végétal est une des création disponibles sur Oui Are Makers. Crédit: Oui Are Makers

Ce livre végétal est une des création disponibles sur Oui Are Makers. Crédit: La Fabrique Éclectique

Ceux qui ne sont pas des «digital natives» sont moins nombreux que les 25-34 ans qui représentent à eux seuls plus d’un tiers des utilisateurs d’OAM. Mais les cinquantenaires aspirent, eux aussi, à partager leurs savoir-faire. C’est le cas d’Isabelle, 50 ans et adepte de Oui Are Makers depuis quelques mois.

Isabelle, passionnée de déco, partagent ses tutoriels sur Oui Are Makers. Crédit: Isabelle Collier

Isabelle, passionnée de déco, partagent ses tutoriels sur Oui Are Makers. Crédit: Isabelle Collier

Cette ancienne plasticienne auteure du blog Le Retour du dodo avoue ne pas être très à l’aise avec les outils numériques. «Ma génération n’est pas née avec une tablette dans les mains. Mais quand j’ai vu ce que ça pouvait m’apporter, j’ai décidé de devenir une "digital-quinqua"!» Publier des tutoriels s’est révélé «très exigeant et chronophage». Mais pour cette femme qui a tendance à courir après le temps, la démarche lui permet de s’accorder un moment de pause.

«C’est comme une discipline que je m’impose, et je me rends compte que ça me plaît.» Valisette customisée, espadrilles «inspirées», et autres «porte petits bonheurs»… Isabelle a déjà publié 15 tutoriels et gagné deux concours organisés par la plateforme. Les retours des internautes qui la suivent sont plutôt gratifiants. «C’est canon, bravo!», «très original», «trop mignon», sont le genre de commentaires qu’on peut lire sur ses tutoriels.

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Pour la fondatrice de OAM, cet engouement pour le DIY est révélateur d’un véritable mouvement en marche qui pourrait transformer durablement nos manières de consommer. «Beaucoup de gens n’osent pas encore se lancer, mais au fond, on est tous des makers.» Pour les novices, la Maker Faire sera l’occasion de s’exercer.