L’année prochaine, vous aurez peut-être le plaisir de sortir de votre porte-monnaie un coupon coloré au lieu d’un euro pour payer votre baguette. La mairie de Paris pourrait décider dans le courant de l’année d’adopter une monnaie locale complémentaire (MLC) pour encourager le commerce de proximité. Ce projet est né en 2016, trois ans après l’eusko basque, la plus importante monnaie locale française. «On s’est inspiré de ce qui existait déjà, indique Alice Cosaet, coprésidente de l’association Une monnaie pour Paris (MoPPa). Des projets les plus modestes comme le radis en Alsace aux plus ambitieux comme le SoNantes ou la monnaie basque.»

En lien direct avec la mairie, l’ONG espère agir comme «un label» pour les commerces qui adhéreront à cette monnaie locale. «Chacun devra répondre à une charte que nous allons définir. L’objectif est de mettre en avant les associations, les circuits courts, et de favoriser les comportements vertueux», détaille Antoinette Guhl. Le projet, ambitieux, fait pour l’instant face à certains freins.

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Si l’association MoPPa avance mi-2018 pour la mise en circulation de la monnaie, Antoinette Guhl, chargée de l’économie sociale et solidaire à la municipalité, ne préfère pas se prononcer sur une date. «Maintenant qu’on a déterminé les objectifs, il faut étudier si c’est faisable sur le plan fiscal et juridique, explique l’adjointe. Ensuite, il faudra mobiliser les citoyens.»

La monnaie locale SoNantes est aujourd'hui dématérialisée. 1 SoNantes vaut 1 €. CC SIPA / Sébastien Salom-Gomis

La monnaie locale SoNantes est aujourd'hui dématérialisée. 1 SoNantes vaut 1 €. CC SIPA / Sébastien Salom-Gomis

Fédérer autour du projet est justement «l’aspect le plus difficile», selon Alice Cosaet. Pour l’instant, une quarantaine de personnes, particuliers ou membres d’entreprises, se sont engagées à faire partie du réseau. Pas si simple, selon Jean-François Faure, spécialiste des monnaies locales, de passer à un autre moyen de paiement que l’euro. «Les gens en sont prisonniers. Ils ont du mal à se dire qu’il existe des alternatives.»

Défendre les commerces en difficulté

Pourtant, ceux qui voudraient faire vivre leurs commerces de quartier auraient tout intérêt à s’y mettre, selon Alice Cosaet. «L’idée est de défendre les commerces indépendants qui ont une vraie démarche responsable et ont besoin d’être soutenus face aux grandes surfaces, détaille Alice Cosaet. On veut aider les secteurs en difficulté comme les petites librairies, les commerces de textiles, de maroquinerie ou d’artisanat.»

Concrètement, comment ça marche? Pour obtenir de l’argent local, il suffit de se rendre au comptoir d’un commerce du réseau, déposer une certaine somme en euros et repartir avec l’équivalent en monnaie locale. «Les euros sont placés par l’association sur un compte d’une banque éthique comme la Nef ou le Crédit coopératif», détaille la présidente de MoPPa. Une fois la monnaie locale en poche, le particulier achète, par exemple, un bouquin chez son libraire favori. Celui-ci devra  dépenser à son tour la monnaie, puisqu’il ne peut pourra pas l’épargner sur un compte en banque. L’argent sera donc réinjecté dans le réseau quand il achètera sa papeterie à un fournisseur acceptant la monnaie locale.

Les services publics payés en monnaie locale

Le processus est rôdé mais l’association n’en est qu’à ses premiers pas. Elle se concentre pour l’instant sur les 10e, 11, 12e, 19e et 20e arrondissements de Paris. «Ce sont des zone où fleurissent beaucoup d’initiatives citoyennes», précise Alice Cosaet. Pour la suite, MoPPa a déjà des idées plein les tiroirs, comme «faire adhérer Enercoop [fournisseur d'électricité d'origine renouvelable] pour que les gens paient leur électricité en monnaie locale».

La mairie souhaiterait même, à terme, intégrer des services publics. «On pourrait imaginer pouvoir payer la cantine scolaire ou la piscine municipale en monnaie locale», explique Antoinette Guhl. Si le conseil de Paris valide cette année l’adoption de la monnaie locale, il restera à définir un nom. Pour cela, MoPPa souhaiterait lancer une consultation citoyenne. «Ce serait normal que les Parisiens choisissent», lance Alice.

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