Ils ne devaient être que quatre ce mercredi matin, à La Paillasse. Finalement, sept enfants entre 9 et 14 ans s’apprêtent à participer à une série d’ateliers «do it yourself» dans ce «laboratoire d’innovations». Et ils ont du pain sur la planche: fabriquer un haut-parleur, une culture de spiruline ou de petits objets en 3D… Charles écarquille les yeux devant l’imprimante 3D qui trône au fond de cet ancien squat parisien aux murs défraîchis. La Paillasse, cachée dans une petite cour rue Saint-Denis, accueille aujourd’hui des projets tournés vers le high tech. Mais depuis février, elle s’ouvre à un public plus jeune pour deux raisons: casser son image de lieu réservé aux makers et «susciter des vocations», lance Cléa Bauvais, responsable des laboratoires du lieu.

Des petits makers en herbe

Le défi n’est qu’à moitié relevé, puisque les petits makers en devenir sont tous fils ou filles de profils CSP+ en contact, de près ou de loin, avec les nouvelles technologies. Cléa Bauvais aimerait faire venir un public plus large. «Mais au début, on attire forcément les gens du même écosystème que nous. Il faut bien commencer par quelque chose...» En communiquant sur ces événements dans des lieux publics comme les bibliothèques ou les médiathèques, elle a bon espoir que La Paillasse s’ouvre à tous types de profils, malgré le coût de 80€ la journée d’ateliers.

Steven, stagiaire de 3D Celo, s'apprête à imprimer les créations des enfants. Crédit: A.Bertier/20 Minutes

Steven, stagiaire de 3D Celo, s'apprête à imprimer les créations des enfants. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Charles, l’aîné de la bande, est le fils d’un informaticien passionné par toutes ces innovations. A 14 ans, il marche déjà dans les pas de son père: «A la maison, on a au moins dix livres sur les logiciels et imprimantes 3D». Récemment, il a «enfin» réussi à convaincre sa mère d’en acheter une. Chez lui, Charles utilise déjà des logiciels pour créer des objets en 3D comme Sweet Home 3D ou SketchUp. Avec Sculptris, ses six camarades et lui font face, derrière l’écran, à une grosse boule grise qu’il faut travailler à l’aide d’une barre d’outils. Ensuite, il faudra deux heures pour imprimer l’objet qui tiendra dans la paume de la main.

Après deux heures de travail, les figurines créées par les enfants prennent forme. Crédit: 3D Celo

Après deux heures de travail, les figurines créées par les enfants prennent forme. Crédit: 3D Celo

Creuser la matière, la gonfler, l’étirer ou l’aplatir… «C’est comme de la sculpture mais sur un PC», vulgarise Steven, qui anime l’atelier. Ce stagiaire de 3D Celo, une entreprise de formation et de conseil sur la 3D, donne de son temps, comme tous les résidents de La Paillasse, en échange de l’occupation gratuite du lieu. «Le but ici est que l’atelier soit ludique, que les enfants testent des choses sans se prendre la tête», explique-t-il.

La théorie à l’école, la pratique à La Paillasse

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La figurine de Steven, animateur de l'atelier. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Steven affiche sur son ordinateur une figurine de cheval, très travaillée. Il s’est simplement inspiré d’une photo. Ce côté très créatif, Enki, 12 ans, l’apprécie particulièrement. «On crée vraiment quelque chose. C’est plus intéressant qu’un jeu vidéo», explique-t-il devant son objet qui prend la forme d’un animal à quatre pattes avec deux grosses boules à la place des yeux. Les sept petits démiurges n’en sont qu’au stade de découverte du logiciel Sculptris. Mais déjà, leur imagination leur joue de jolis tours. Lauren, 10 ans, et Vadim, 13 ans, sculptent un objet aux allures d’araignée mangeuse d’homme. Un véritable hasard. «Je ne sais pas trop ce que je fais, je teste des trucs», sourit Vadim. A côté, Lauren y va de ses petits conseils. «Utilise plutôt ce bouton pour enlever de la matière…» La fillette a l’habitude de ce genre d’activités. Dans les locaux d’Orange, l’entreprise de sa maman, elle avait déjà participé au «SuperCodeurs». Il s’agissait de créer son petit personnage grâce au logiciel Scratch, un langage de programmation qui facilite la création d’histoires interactives.

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Tous ces événements permettent aux enfants de toucher enfin au concret. «Basile aime beaucoup les sciences, mais il a besoin d’aller au-delà de la théorie, ce qui ne se fait pas forcément à l’école», témoigne Gaëlle, sa maman. Pierre, un autre parent, fait le même constat. Cet infographiste dans le domaine du jeu vidéo encourage son fils à participer à «du fun sérieux». Peut-être est-ce la meilleure manière de donner envie à ces enfants de faire carrière dans l’innovation. D’ailleurs, Charles pense déjà à travailler dans le milieu médical pour l’imagerie 3D. A moins que l’atelier suivant sur la création d’une culture de spiruline, cette algue verte aux propriétés indénombrables, ne le fasse changer d’avis… Le champ des possibles est ouvert.

Après l'atelier 3D, Vadim se lance dans l'observation de spiruline, pour créer sa propre culture. Crédit: A.Bertier/20 Minutes

Après l'atelier 3D, Vadim se lance dans l'observation de spiruline, pour créer sa propre culture. Crédit: A. Bertier/20 Minutes