PORTRAIT – Mais qui est vraiment Tin-tin ? Tatoueur de renommée internationale, instigateur du Mondial du tatouage qui se tient ce week-end à Paris, le bonhomme est plus tendre qu’il n’y paraît…

Si Tin-tin était un animal, il ferait assurément partie de la famille des félins. L’œil perçant, la barbichette soyeuse, les sautes d’humeur, le côté affectueux mais indépendant… Toutes les caractéristiques sont réunies pour le personnifier en un gros matou.

Tour à tour tigre, lynx ou chat, le président du Syndicat national des artistes tatoueurs (SNAT) rode dans le milieu du tatouage depuis 28 ans. Sa tanière parisienne est considérée comme la Mecque du tattoo. Caché au premier étage de son studio à Pigalle, il cultive sa légende… Plus de six mois d’attente pour qu’il vous pique.

Une main de maître

Plus qu’un simple exécutant du désir des autres, Tin-tin est un artiste dont on arbore fièrement les œuvres. Ses styles de prédilection ? L’hyper-réalisme et le japonisant, avec des inspirations comme Utamaro, Hiroshige ou Hokusai. « J’ai la chance et le luxe de pouvoir choisir de ne faire que ce que j’aime », explique l’intéressé. Si vous comptez faire appel à lui pour vous tatouer un signe de l’infini ou une plume, ne vous avisez pas de frapper à sa porte. « Tout ce qui ne me convient pas artistiquement, je ne fais pas. Même si ma propre fille me le demandait, je ne ferai pas de tribal ou de cubisme… C’est comme demander à Monet de peindre du Van Gogh. Ce n’est pas du snobisme, mais je ne suis pas le meilleur pour certains styles », avoue-t-il.

Malgré tout, son travail, qu’il a appris en autodidacte pendant son service militaire, impressionne. « Ça fait longtemps qu’il est là. Je suis très curieux des techniques, alors j’ai postulé pour apprendre à ses côtés », confie Dusty, un des tatoueurs du studio.

« C’est Bruce Willis sous cortisone »

Le matou aux allures de rockeur aime les femmes, les motos et les voitures : « comme tous les hommes », dit-il. Il adore le travail de son homologue Filip Leu, dont il a un tatouage dans le dos : une carpe de style japonais. Il aime l’authenticité et se définit comme « poli, courtois mais irrévérencieux ».

Sa qualité principale ? Virginie, régisseuse artistique pour le Mondial du tatouage, fait mine de réfléchir… « Son humour ! C’est aussi son principal défaut », dit-elle amusée. La vanne facile, le jeu de mort borderline, voilà à quoi carbure Tin-tin. S’il ne nous assurait pas devenir « bandit de grand chemin, ou chômeur » en cas d’arrêt – parfaitement improbable – de son activité de tatoueur, on le reconvertirait volontiers dans le stand-up.

Il vous terrasse tantôt par la parole, tantôt par son regard bleu glacier, mais jamais glacial. « C’est Bruce Willis sous cortisone », plaisante Virginie. Un hyperactif calme en somme, qui fascine des milliers de personnes. « Je le trouve cool. En plus, c’est quelqu’un qui te met à l’aise. Je ne serai pas où j’en suis si je ne l’avais pas rencontré. Il m’aide beaucoup, et je crois qu’il aime bien rester avec les gens qu’il apprécie », explique le photographe Julien Lachaussée.

Un talent plébiscité

Reconnu comme l’un des cadors de la profession, la simple évocation de son surnom fait rêver. « Je connais son boulot depuis que je suis gamin. J’ai pas mal de tatouages, mais j’avais vraiment envie qu’il me fasse une pièce. Je lui ai soumis mon projet, et par chance il accepté », confie Vincent, alors couché sur la table d’opération du maître. Après remise d’une documentation contenant quelques idées de locomotives, il a laissé libre court à l’artiste pour la mise en scène de l’engin sur son dos. La confiance règne.

Son coup d’aiguille est tellement fiable que des VIP divers et variés accourent des quatre coins du monde. Jean-Paul Gaultier, Florent Pagny, Booba, Philippe Starck, Alizée, Joey Starr, Marc Jacobs, Lio, Virginie Despentes, Yannick Noah, Kad Merad et d’autres lui ont confié leur peau. Et sa délicate patte se pose au delà des corps puisqu’il a été choisi comme conseiller artistique de l’exposition Tatoueurs, tatoués qui débutera le 6 mai prochain au musée du Quai Branly à Paris. Tin-tin, tigre star du grand cirque du tatouage.

MARION BUIATTI