INTERVIEW – Connue pour son style coloré décalé, la street artiste KashinK, 33 ans, est aussi arc-en-ciel que son univers. Découverte d’une femme hors norme…

D’où vient ce pseudonyme ?

C’est une onomatopée. Plus jeune, j’adorais les comics, leurs « boum, schlak, bang ! » Un jour j’ai vu « kashink », ça m’a marqué. Ca avait une belle sonorité et graphiquement ça la faisait.

Quand es-tu devenue KashinK ?

Quand j’avais 18/20 ans, je voulais devenir tatoueuse. D’ailleurs j’ai une machine et on me sollicite parfois, ça fait partie de mon côté folklore rock… Tous les gens du street art ne viennent pas de la culture hip hop ! Enfin, j’ai commencé par faire des stickers que je collais un peu partout et puis je me suis mise à la bombe car j’ai eu très vite envie de faire des grands trucs…

C’est difficile de peindre à la bombe ?

Oui. Au début, je me suis dit que c’était impossible, que je n’y arriverais jamais. C’est très technique. Ca m’a plu. Mais physiquement c’est dur. Tu montes des échelles, tu trimballes ton matos… Il y a de vraies prises de risques quand tu fais des murs.

Tu es l’une des rares street artistes féminine…

C’est vrai. Quand j’ai commencé, il y avait deux grosses tendances : les graffeuses girly à la Fafi ou Miss Van, et les graffeuses plus vandales qui faisaient vraiment du tag…Moi ce qui m’intéressait c’était de créer quelque chose de personnel. Et en tant que femme, je voulais casser les codes de ce qui avait été établi jusqu’alors.

C’est pour ça que tu portes la moustache ?

J’ai toujours été très lookée. C’est une coquetterie. Au début je la faisais sporadiquement, mais maintenant je la porte tous les jours. Je pense même à me la faire tatouer, mais mon copain n’est pas emballé… (elle sourit) C’est une approche absurde du maquillage féminin qui est très précis et codifié. Ca reflète ma personnalité : je suis à la fois garçon manqué et coquette !

Ca fait aussi partie de ta « formation artistique » ?

Je n’ai pas de formation artistique, j’ai fait des études universitaires et j’ai fini dans un endroit qui n’était clairement pas fait pour moi : un bureau ! Alors j’ai décidé d’entamer  une formation pour adulte de peintre en décor pour des spectacles entre autres. A côté j’ai fait mon truc perso mais je n’avais aucune illusion sur le fait de devenir artiste. Et pourtant aujourd’hui j’en vis !

Et tu es même approchée par des marques comme K by Kronenbourg (nouvelle griffe de bières aromatisées)…

Comme je le disais lors d’une conférence que je donnais à l’université Paris Dauphine la semaine dernière : les partenariats entre les marques et le street art ont toujours existé. Rappelez-vous Jean-Paul Goude et Kodak dans les années 80. Mais il est essentiel qu’il soit raccord avec l’artiste… Pas comme une certaine banque et un certain comédien que je ne citerais pas. Les gens me sollicitent pour mon style. Avec Converse on avait fait quelque chose de qualité avec des pièces uniques. Ce sera pareil à la soirée Kiberty de K by Kronenbourg mercredi au Yoyo (où il y aura un concert de Micky Green et pour laquelle vous pouvez gagner des places ici). Je vais y customiser des photos en live.

Ces partenariats avec les marques sont-ils fréquents ?

Non, j’ai même refusé pleins de trucs. L’essentiel de mon travail vient de commandes, comme celle de la mairie du 2e arrondissement de Paris pour qui j’ai fait une fresque… Je fais aussi des expositions d’art contemporain comme l’Art Basel Miami où j’ai peint 2000m2 de murs ! Et des projets personnels comme 50 Cakes of Gay, en réponse aux manifestations contre le mariage homo. Le street art, ce n’est pas juste joli. C’est important qu’il y ait un message. Etre artiste c’est aussi avoir une pensée, une réflexion sur le monde qui t’entoure. Je continue aussi à faire des trucs illégaux comme des rideaux de fer où des portes de magasins fermés depuis longtemps. Je continue de m’approprier l’espace urbain avec stratégie. Je suis intelligente, je ne vais pas aller graffer un immeuble avec des moulures !

PROPOS RECUEILLIS PAR MARION BUIATTI