TATOUAGE - Tatoueuse résidente à No Brain No Pain, studio au centre de Berlin, l'anglaise Toni-Lou fait partie des jeunes artistes qui font vibrer la scène alternative de la capitale avec ses tatouages atypiques.

Caché au sous sol du «White Trash Café», le studio fait parti d’un complexe mythique du coin, qui s’improvise restaurant, cinéma/fumoir et salle de concert. Son ambiance néo punk rock attire des visiteurs du monde entier, qui viennent déguster un burger avant de descendre assister à un concert ou se faire encrer.

Qu’est ce qui t’as donné envie de devenir tatoueuse?

Ma passion pour la musique punk rock! Lorsque j’étais étudiante en art, je voulais devenir professeur et j’ai rencontré un type qui faisait du piercing dans un salon de tatouage. Il me semblait logique de mélanger l’art et le punk rock. A 17 ans, on m’a proposé du travail au salon et, à 18 ans, j’ai fait mon premier tatouage.

Avais-tu entendu parler de cet endroit avant de venir y travailler?

Oui. J’étais en Australie et mon visa arrivait a expiration. Une copine m’avait parlé de Berlin en me disant que ça ressemblait beaucoup à Melbourne. J’ai donc cherché sur Google un salon qui me correspondait et je suis tombée sur le site de «No Pain, No Brain». Avec le restaurant au dessus et les groupes qui jouent tous les soirs, c’était une valeur sûre!  C’est tellement mythique comme endroit. Parfois, j’ai même des clients qui viennent me voir parce que pour eux c’est un souvenir du complex «White Trash Café».

Tu as le métier de tes rêves maintenant!

Oui! J’adore regarder les groupes jouer après le boulot. Pour moi, le plus difficile est de ne pas y rester. Je dois me forcer à partir. Quand je termine la journée au salon, les groupes ont déjà commencé à jouer. Le matin, quand j’ouvre le studio, il y a souvent les derniers fêtards qui sont entrain de se faire virer de la salle!

Est-ce que ça t’arrive de tatouer les artistes qui viennent jouer?

Ah, oui! Mais une séance tatouage avec un rockeur se termine très tard et s’accompagne obligatoirement d’une grande bouteille de whisky!

Berlin est devenu l’épicentre du monde artistique, est-ce que tu t’inspires de la ville?

Carrément. C’est une ville qui baigne dans l’histoire. Je m’inspire de tout, les musées, les galeries d’art et le street art. Les locaux respectent les artistes et musiciens qui habitent ici. En plus, il y a une vraie communauté de tatoueurs.

Est-ce que voyager a fait évoluer ton style?

En Angleterre, j’ai appris la technique. Ensuite à Melbourne où tout le monde est tatoué -même les jeunes ont des tatouages incroyables, j’étais obligée de m’impliquer à fond pour être au niveau. On m’a demandé de me spécialiser dans un style, j’ai choisi les tatouages réalistes. Depuis que je suis à Berlin, je fais ce que j’ai envie et j’ai trouvé un style qui me correspond, le néo-traditionnel: des pin-up girls, aux tatouages marins en passant par les tatouages décalés. Hier, par exemple, j’ai fait une otarie habillée en marin!

Le tatouage s’est beaucoup démocratisé ces dernières années. Qu’est-ce que ça a changé pour toi?

Les émissions de téléréalité, comme celle de Kat Von D, ont sensibilisé les gens à la technique ainsi qu’à la démarche artistique requise pour réaliser un tatouage. Aujourd’hui, c’est plus rare de voir les gens choisir leurs tatouages sur un des murs du salon. C’est aussi grâce à elle que les femmes sont plus acceptées dans ce milieu. Le côté négatif, c’est qu’il y a de plus en plus d’amateurs qui s’y mettent et qui utilisent les kits de tatouages achetés sur internet. Ces appareils sont très dangereux, et les gens ne se rendent pas compte des risques d'hygiène et de sécurité.

Ou est-ce que tu seras dans 10 ans et comment imagines-tu l’industrie du tatouage?

Je serai toujours tatoueuse, peu importe le pays. Par contre, l’industrie subit un réel changement. Le gouvernement européen impose de plus en plus de règles d’hygiène - en France, ils ont failli interdire les encres de couleur! Tout sera chamboulé! Le tatouage pourrait même redevenir underground, comme il y a 50 ans.

HAYLEY EDMONDS