C’est l’un des ingrédients magiques du Mans. Chaque année en juin, la plus mythique course automobile d’endurance au monde permet à des amateurs de se mesurer à des professionnels. En décodant les sigles mystérieux des catégories par ordre de niveau de performance –LMP1 et LMP2 pour «Le Mans Prototypes», LMGTE pour «Le Mans Grand Tourisme Endurance»–, on en vient à la sous-catégorie LMGTE-Am, pour «Amateur».

Les Ferrari 488, Aston Martin Vantage et autres Porsche 911 qui la composent devront obligatoirement compter parmi leurs trois pilotes un amateur. Ou, en termes plus choisis, un «gentleman driver». Mais comment ces non-professionnels font-ils pour se frayer un chemin jusqu’au départ des 24 Heures?

Une chance à saisir

Parmi eux, Pierre Thiriet, qui disputera cette année ses septièmes 24 Heures du Mans alors qu’il s’est découvert tardivement des talents de pilote: «Je n’ai commencé à pratiquer les sports auto qu’à 20 ans, en Renault Mégane Trophy.» Une compétition dans laquelle tout le monde concourt sur la même voiture. «C’était important pour moi, pour pouvoir me démarquer et qu’on ne dise pas que c’était grâce à la voiture», explique le pilote.

En noir, Pierre Thiriet (à droite) et ses coéquipiers chez G-Drive Racing Alex Lynn et Roman Rusinov, lors des 6 Heures de Spa. Crédit : Flickr - G-Drive Racing.

En noir, Pierre Thiriet (à droite) et ses coéquipiers chez G-Drive Racing Alex Lynn et Roman Rusinov, lors des 6 Heures de Spa. Crédit : CC Flickr/G-Drive Racing.

Aux places d'honneur la première saison, vice-champion la deuxième, Pierre Thiriet passe à l’endurance, se fait la main et postule aux 24 Heures: «Très vite, on m’a cédé une place. Je me suis dit qu’il fallait que je saisisse cette chance.»

Gentleman driver lui aussi, le Manceau Julien Canal a un profil tout à fait différent: il a commencé le pilotage beaucoup plus tôt, et avec succès. Ce qui lui a valu, à l’époque, de croiser lors des championnats du monde junior de karting Lewis Hamilton et Nico Rosberg, devenus depuis champions du monde de Formule 1.

Amateur ou «semi-pro»?

Le chemin de cet amateur qui se définit comme «semi-professionnel» a ensuite été linéaire jusqu’aux 24 Heures du Mans, qu’il a remportées trois fois pour ses trois premières participations, de 2010 à 2012.

Mais avant d’en arriver là et de piloter pour la première fois en compétition au Mans, ces deux amateurs ont dû passer par le parcours du combattant du gentleman driver: «Il m’a fallu faire mes preuves, se souvient Pierre Thiriet, montrer mon niveau de performance, mon bon état d’esprit.» Et notamment réaliser dix tours de jour et dix autres de nuit sur le circuit Manceau, sous l’œil impitoyable des organisateurs. Car on ne laisse pas n’importe quel pilote du dimanche se mêler à des pros lancés à plus de 300 km/h!

Surgelés et McDonald’s

Mais une fois arrivé au sommet, le plus difficile, c’est d’y rester. Surtout qu’un pilote amateur de sports auto, c’est, logiquement, quelqu’un qui a un autre métier. Pierre Thiriet est directeur adjoint de l’usine de surgelés de l’entreprise familiale créée par son père Claude, à Eloyes, dans les Vosges. Et Julien Canal est franchisé McDonald’s au Mans.

«Je passe forcément moins de temps dans les voitures que les pros, reconnaît le premier. Je m’entraîne 4 heures par semaine, eux 4 heures par jour. Je serai forcément moins performant, alors j’essaye de réduire l’écart au niveau mental, en améliorant ma gestion.»

Julien Canal, lui, a l’habitude d’aller travailler le matin au Mans quand il atterrit à l’aube à Paris en provenance des circuits asiatiques. «Concilier la vie professionnelle et les sports auto, c’est beaucoup d’organisation. Sur les circuits, j’ai mon ordinateur et mon agenda professionnels, et je reste en liaison par mail et SMS avec le travail.» Chez les «gentlemen drivers», c’est le prix à payer pour profiter de la magie du Mans.