«Il y avait quelque chose qui brûlait en moi et me disait “tu ne peux plus te cacher”». En février dernier, Danny Watts, pilote automobile fraîchement retraité, annonçait dans la presse qu’il était homosexuel. Une grande première dans le milieu du sport automobile réputé conservateur et où le sujet avait toujours été tabou. Le Britannique de 37 ans aurait-il fait bouger les choses?

Pour Oliver Warman, animateur de la communauté Facebook «Gay Racer» (pilote gay) la démarche de Danny Watts a été un tournant. «Les réactions ont été à 99 % positives venant des personnes du sport automobile et des fans», explique celui qui espère que ce coming out en inspirera d’autres. S’il reste optimiste et admet que le sport est de plus en plus ouvert sur le sujet, un long chemin reste encore à parcourir dans le milieu «intrinsèquement conservateur de la culture du sport automobile».

Crainte de perdre les sponsors

Danny Watts a attendu son retrait des circuits pour faire son annonce par peur des réflexions, mais surtout par crainte de perdre ses sponsors, avait-il laissé entendre. «C’est un défi majeur, assure Oliver. Je connais un pilote de F1 en activité qui n’a pas pu faire son coming out en raison des pressions commerciales.» Dans un monde où l’image est reine, certains refusent de «se positionner» sur les sujets LGBTQ.

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Pour Dominique Leherre, président de l’association Ledorga, qui fédère des amateurs d’automobile gays, la situation aurait même régressé à ce niveau, depuis les débats autour du mariage pour tous en 2016. Son association organise depuis plus de dix ans l’élection de la «Voiture Gay Européenne de l’Année». «Avant, les constructeurs nous prêtaient la voiture élue pour une soirée de présentation. Depuis la vague de manifestations, on a essuyé des refus. Ils ne voulaient plus être "associés" à notre événement…», raconte le président.

«On touchera le Saint-Graal»

«Mon espoir est que, en raison des progrès lents mais stables de l’acceptation LGBTQ, les sponsors du sport automobile se sentent un jour obligés de soutenir un pilote gay parce qu’ils savent que cela ne créera pas de réaction négative, lance Oliver Warman. En d’autres termes, les fans de sport automobile ont autant un rôle à jouer que les acteurs du secteur.» Pour lui, le jour où un pilote de haut niveau encore en activité osera faire son coming out, sera célébré pour cela et pourra continuer à exercer son sport dans de bonnes conditions, «on touchera le Saint-Graal».

Le chemin reste encore long pour y parvenir. Dans une étude publiée en octobre 2011, SOS homophobie rapportait qu’en raison de l’homophobie régnant dans les sports de haut niveau dit «masculins», les homosexuels étaient encore trop peu visibles, contraints de se cacher ou encore victimes d’un phénomène de «plafond de verre».