Une vingtaine de détenues ont peint cette fresque historique.
Une vingtaine de détenues ont peint cette fresque historique. - D. R

Caroline Girardon

Un bon moyen de s'évader... au sens figuré. Les détenues de la maison d'arrêt de Corbas viennent de passer deux mois à réaliser une fresque historique sur l'un des murs du couloir menant au parloir. Un travail de fourmi à but pédagogique. « Je me suis aperçu que beaucoup ne connaissaient pas les grands repères historiques, raconte François Guillouët, instituteur intervenant auprès des prisonnières. Or pour se projeter, il est indispensable de maîtriser l'espace et le temps ».

Oublier la prison
Le jeune homme a donc cherché moult astuces afin de leur apprendre les dates clés. En vain. Et c'est en passant devant l'un des murs en béton que l'idée d'une frise chronologique lui est venue. « J'ai aussitôt pillé la bibliothèque jeunesse de la Guillotière et je suis revenu avec un sac contenant 47 kg de livres d'histoires », s'amuse l'enseignant. Les détenues engagées dans le projet ont eu six semaines pour conceptualiser la frise allant de la Préhistoire à la découverte de l'Amérique, et rechercher les éléments dans les livres les plus représentatifs. « Au début, je voulais faire un chevalier du Moyen-Âge tout en rose car j'adore cette couleur, s'esclaffe Taous. Mais finalement, le prof m'a dit que ce n'était pas possible ». La phase peinture et dessin a duré douze jours. Presque trop court pour Marie-Noëlle. « À la fin, je venais deux fois par jour. Et le soir, je ne voulais plus partir », sourit-elle. « On oublie qu'on est en prison, c'est comme une seconde promenade », rajoute Anissa. « Ici on passe notre temps à regarder la télé. Alors la peinture, ça nous permet de penser à autre chose », complète Taous. « Le fait de tenir un pinceau m'apaisait, confesse Anne. Je me sentais bien car ça m'occupait l'esprit. Et puis ça nous sociabilise car on travaillait en petit groupe de six ». « Quand je passe devant, je suis fière maintenant », conclut Taous. « Cette fresque, ce n'est pas pour faire joli mais pour mais pour acquérir des connaissances », déclare David Deveaux-Thomas, instituteur. Selon Daniele Boillee, directrice par intérim de la maison d'arrêt, il était « important de proposer une activité aux femmes et de ne pas les oublier ». Des femmes qui représentent près de 10 % de la population carcérale de Corbas.

Le personnel de Villefranche en colère

Le syndicat des surveillants de prison UFAP-UNSA a appelé les personnels de Villefranche à venir bloquer les portes de la maison d'arrêt ce jeudi à partir de 6 h 30. Celui-ci souhaite, notamment « alerter la direction sur le déficit de personnel et sur l'augmentation des agressions des détenus ».