Certains Roms n'étaient pas enchantés de quitter Lyon, jeudi matin à Perrache.
Certains Roms n'étaient pas enchantés de quitter Lyon, jeudi matin à Perrache. - C. Villemain / 20 Minutes

Jérôme Pagalou

L'image a de quoi surprendre, en pleine départ d'une cinquantaine de Roms jeudi matin à Perrache. L'un d'entre eux, portant tatouages et maillot de football néerlandais, serre les mains de tout le monde avec un sourire hilare avant d'embarquer dans un car pour l'aéroport Saint-Exupéry, direction Bucarest.

Larmes et fatalisme
« De nombreux Roms se débrouillent pour rejoindre la France en minibus pour 50 €, explique Jean Philippe, militant associatif depuis huit ans à Lyon. Puis ils prennent volontiers une obligation de quitter le territoire français (OQTF), souvent même avant les trois mois de présence en France nécessaires pour toucher l'aide au retour humanitaire (ARH), en tant que membres de l'UE en situation de grande précarité. Ils obtiennent 300 € par adulte et 100 € par enfant. Ce type d'opérations fréquentes à Lyon coûte 2 millions d'euros. Et on nous parle d'austérité… » Mais même si les deux personnes de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) présentes pour encadrer le convoi assurent qu'il n'y a là « que des départs volontaires », l'ARH est loin d'être une satisfaction, ni même une consolation, pour certains. Un vieil homme laisse notamment couler des larmes alors que le car s'en va avec sa compagne, peu après 8 h. Un peu plus loin, une timide mineure se retrouve seule avec son enfant de trois mois. Fataliste quant à cette première expulsion après deux ans en France, son ami lui assure qu'il sera de retour dans trois semaines. Moins d'une heure après, une autre cinquantaine de réfugiés (des Roms mais aussi des Macédoniens et Albanais) ont connu le même sort au départ de la Part-Dieu. « Où se trouve l'intégration dans tout ça ? », peste Jean Philippe, en visant les multiples squats de la région, de Villeurbanne à Vaulx en passant par la gare de Perrache. Après avoir amusé les membres de l'OFII en proposant de conduire le car, un adolescent lance même, d'un ton subitement grave : « Pourquoi la France ne nous aime-t-elle pas, en fait ? »