L'agression s'est produite place du change dans le Vieux-Lyon (5e).
L'agression s'est produite place du change dans le Vieux-Lyon (5e). - C. VILLEMAIN / 20 minutes

Caroline Girardon

Assis à la terrasse de l'un de ses deux restaurants place du Change (5e), Mohamed Chika jette furtivement quelques regards autour de lui en relatant inlassablement le scénario du soir de son agression. « Cette peur reste au fond de moi et j'ai du mal à l'enlever », dit-il. Le samedi 9 juin vers 0 h 30, alors que les deux établissements s'apprêtent à fermer et que le terrassier range le mobilier, un petit groupe s'avance dont un jeune homme se mettant à uriner sur les plantes. Et face aux remarques de l'employé, il se serait montré particulièrement désagréable. « Il a commencé à nous insulter et dire “sales bicots“, “la France aux Français“. Je suis intervenu pour qu'il parte puis je suis retourné à ma caisse », raconte Mohamed.

Aucune arrestation
Quelques minutes plus tard, le groupe revient, renforcé d'une dizaine de personnes. « Ils se sont mis à hurler : “On va vous crever“et ils se sont acharnés sur l'un des nôtres, poursuit Maurice, cogérant de l'établissement. Ils ont frappé Hamid sur le crâne à plusieurs reprises avec une barre de fer. Et quand il s'est mis à saigner abondamment, ils l'ont ensuite frappé à la jambe pendant que d'autres cassaient du mobilier. » « Ça s'est passé très vite », explique timidement la victime appuyée sur ses béquilles. « Je ne les ai pas vraiment vus arriver », poursuit-il en montrant une énorme cicatrice sur la tête. Bilan : 14 points de suture et 70 jours d'ITT. « Ils sont partis sans même savoir s'il était encore vivant. Pour moi, c'est clairement une tentative d'homicide », s'insurge Maurice. Deux jours après les faits, un groupe serait revenu dans l'établissement en commandant cette fois une table pour dix personnes. « Je ne savais pas qui avait réservé et j'avais dressé les couverts, témoigne Damien. Je les ai vus arriver. Certains avaient des vestes portant des insignes nazis. Et quand je prenais commande, ils me parlaient en faisant des saluts hitlériens ».
Aujourd'hui, le serveur confesse travailler avec une certaine appréhension. « Le soir en partant, je ne suis pas rassuré, on ne sait jamais si ce qui peut désormais se passer ». Depuis les faits, deux employés ont démissionné et Mohamed Chika a mis en vente ses deux bouchons lyonnais. « Je n'ai pas envie de me ramasser un jour des coups de couteaux », explique-t-il précisant qu'il envisage même de quitter la France. Le jeune homme qui a déposé plainte attend toujours des nouvelles des enquêteurs. À l'heure actuelle, aucun des agresseurs n'a été arrêté même si plusieurs témoins de la scène disent les avoir identifiés. La police, que nous avons contactée, n'a souhaité faire aucun commentaire sur cette affaire.