Deux vigneronnes nouveau cru

Beaujolais A l'occasion de l'arrivée du primeur, « 20 Minutes » a rencontré de jeunes viticultrices

Céline Boff

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Chacune à leur façon, Julie Balagny (en haut) et Claude-Emmanuelle Desvignes (en bas) ont décidé de n'utiliser aucun produit chimique dans la fabrication de leurs crus, privilégiant « les méthodes anciennes ».

Chacune à leur façon, Julie Balagny (en haut) et Claude-Emmanuelle Desvignes (en bas) ont décidé de n'utiliser aucun produit chimique dans la fabrication de leurs crus, privilégiant « les méthodes anciennes ». — C. VILLEMAIN / 20 minutesC. VILLEMAIn / 20 minutesC. VILLEMAIN / 20 minutes

Ce soir, à minuit pile, le beaujolais nouveau arrosera Lyon et le monde. Loin de cette effervescence, au cœur du vignoble, Manon l'ânesse et Boréale la vache s'apprêtent à reprendre le travail. Elles brouteront cet hiver les mauvaises herbes des vignes de Julie Balagny, 33 ans. « Je mettrai aussi une brebis, un bouc et trois oies qui vous rasent un terrain en moins de deux », assure la vigneronne. Quand cette Parisienne de bonne famille a débarqué à Fleurie, en 2009, tout le monde l'ignorait. Julie s'est donc concentrée sur ses vignes : 3,2 hectares de coteaux inclinés à 45 degrés. Ici, le tracteur ne passe pas. Julie désherbe ses 35 000 ceps la pioche à la main. « Après, mes muscles gonflent tellement que je ne rentre plus dans aucun chemisier ».
En plus de produire bio, la vigneronne vinifie à l'ancienne : à froid, sans ajouter ni soufre, ni levure et avec macération en grappes entières. Quand les anciens ont goûté son premier cru, tout a changé. « Ils ont compris que la ‘‘fille‘‘ avait fait le travail. Ça a réveillé leur côté paternaliste », s'amuse-t-elle. « Les vins de Julie ressemblent à ceux que nous produisions il y a 80 ans, s'émerveille Jean-Louis Dutraive, du domaine de la Grand'Cour. Cette fille nous motive, elle nous permet de croire à nouveau en notre terroir ».

Aucun produit chimique
A Villié-Morgon, Claude-Emmanuelle Desvignes a repris les 13 hectares familiaux en 2002. Avec son frère, elle produit 50 000 à 60 000 bouteilles par an. « Nous sommes très en-dessous des rendements classiques », sourit cette vigneronne de 35 ans qui n'utilise aucun produit chimique. « Nous sommes bio, mais sans label. Ce n'est pas un argument commercial, nous le faisons pour notre santé et pour que nos vins reflètent mieux notre terre ». Et le beaujolais nouveau ? « Il en existe de très bons, mais la plupart sont des produits industriels qui nuisent à l'image de notre vignoble ». Il y a 5 ans, elle a pris une décision radicale : retirer de ses étiquettes la mention beaujolais pour conserver la seule appellation morgon. « C'est triste, mais nous préférons communiquer sur ce nom. Certains pensent même que les morgon sont des vins de Bourgogne ». Pour Julie Balagny, ce n'est pas un problème : elle devrait produire cette année 11 000 bouteilles de beaujolais fleurie. Les trois quarts partiront à l'export, et dans les caves françaises, ses bouteilles se vendent jusqu'à 32 euros pièce.

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