Au final, David Penalva aura consacré dix ans à ce chantier de gravure.
Au final, David Penalva aura consacré dix ans à ce chantier de gravure.

Elisa Frisullo

Quelques curieux s'y presseront sans doute demain matin lors de la commémoration de l'armistice. Mais habituellement, un calme absolu règne sur l'Ile du souvenir du parc de la Tête d'Or. Un havre de paix où seuls les coups de marteau de David Penalva viennent rompre le silence. Depuis 2005, ce graveur de 43 ans inscrit dans la pierre le nom des soldats lyonnais morts pendant la grande guerre. 10 600 noms gravés sur les murs de l'Esplanade à la fin des années 20 et effacés par les outrages du temps. « La pierre de Hauteville sur laquelle je travaille devrait mieux résister. Si le site est entretenu, les noms resteront lisibles des centaines d'années », précise l'artisan, qui après une pause de quelques mois, reprendra ce chantier en janvier.

Un travail titanesque
Seul sur son île, même par grand froid, le graveur de pierre enchaîne alors les lettres avec une grande rigueur. « Ma pire crainte, c'est de faire une erreur. Alors, sur les deux mois et demi que je passe pour graver une plaque, je consacre un mois à la préparation, la mise en page », raconte David, qui pour faciliter la lecture commence chaque ligne par un nom. Et l'achève par un prénom. En six ans, ce Vénissian a déjà gravé une vingtaine des 38 plaques réparties autour du mémorial imaginé par Tony-Garnier. Il se donne jusqu'en 2015 pour achever ce chantier financé par la ville de Lyon pour entretenir le devoir de mémoire. « Il ne faut pas oublier que derrière chaque nom, il y a un père, un mari, un frère mort dans les tranchées. Souvent après des semaines de calvaire », ajoute le graveur de pierre dont la « passion pour l'histoire » s'est intensifiée au fil des gravures. Un art dont il a pu à diverses reprises mesurer la portée. Comme cette fois où un grand-père est venu avec ses petits enfants pour leur montrer le nom de son aïeul mort pour la France. « Une dame est arrivée une fois au moment où j'étais en train de graver le nom de son grand-père. C'était incroyable », se souvient David Penalva, véritable artisan de la mémoire.