CPE : deux mois de mobilisation à Lyon

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Publié le 18 avril 2006.

La couverture 20 Minutes de plus de deux semaines d'agitation sociale dans la capitale des Gaules

Février

1er
: la mobilisation s’organise à Lyon. Plusieurs centaines d’étudiants de Lyon-II et Lyon-III se réunissent en assemblée générale sur les campus de Bron, des quais de Rhône, de la Manufacture des Tabacs et à l’IEP, afin d’organiser la journée d’action du 7 février contre le CPE, dénoncé par l’Unef. L’UNI-droite universitaire distribue, elle, des tracts en faveur du CPE, qu’elle associe « à un véritable CDI, mieux adapté aux besoins spécifiques des jeunes. »

7 : entre neuf et dix mille étudiants, lycéens et salariés défilent entre les Manufacture des Tabacs (8è) et la place Bellecour (2è). Une nouvelle manifestation est prévue le jeudi 9 février.

8 : une quarantaine de lycéens venus de la France entière se réunissent à la Bourse du travail, afin de coordonner leur mouvement et les actions à venir. Après deux heures de débats, la coordination lance un appel aux lycéens français.

9 : un millier de lycéens défilent dans les rues de Lyon, en passant par les universités et le rectorat, pour réclamer le retrait du CPE, adopté dans la nuit à l’Assemblée. Ils remplissent symboliquement une urne pour voter « contre le projet de monsieur de Villepin ».

15 : Gilles de Robien, en visite à Lyon, défend le CPE. L’Unef-Lyon, boycotte la réunion organisée au rectorat et lui préfère un sit-in juste devant l’établissement, où une centaine d’étudiants sont rassemblés.

16 : plus de 1300 personnes défilent, dont 400 lycéens

Mars

1er
: un mois après le début de la contestation nationale, le CPE peine à mobiliser à Lyon : seule une centaine d’étudiants de Lyon-II (sur 28000) se réunissent en assemblée générale sur le campus Bron pour relancer la mobilisation au retour des vacances. Trop peu pour décider de bloquer la fac, les étudiants en votent néanmoins le principe.

2 : les syndicats de Kéolis Lyon, société qui exploite les transports en commun, appellent à la grève le 7 mars, journée de mobilisation nationale contre le CPE.
5 : les syndicats étudiants Unef et SUD appellent à bloquer, dès le lendemain matin, le campus de Lyon II.
6 : Les syndicats étudiants Unef et SUD appellent au blocage du campus de Lyon II.

7 : 11 000 personnes, selon la police, et 20 000, selon les syndicats, défilent dans la rue. Un cortège composé de lycéens et de salariés de la fonction publique. Le même jour, le président PS de la région Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne, présente le premier bilan de son contrat « anti-CPE ». Lancé en janvier 2005, le contrat d’aide au retour à l’emploi durable (Cared) met en relation les demandeurs d’emploi et les entreprises en difficulté de recrutement (BTP, transport, commerce, hôtellerie…)

14 : La mobilisation étudiante se réveille, avec le blocage total du campus de Lyon-II à Bron, voté en assemblée générale par quelque 600 étudiants. Dès le lendemain, le campus de Bron est bloqué dès 7h, et celui des quais du Rhône (7e) fermé par l’administration pour éviter des incidents. La fédération des étudiants lyonnais, qui regroupe une trentaine d’associations apolitiques comme les bureaux des élèves, regrette le blocage de Lyon-II, ainsi que l’association Idée, « mouvement étudiant centriste ».

16 : La manifestation du jeudi 16 mars est un peu moins suivie que celle du 7 mars. 5 000 personnes selon la police, 8 000 selon les organisateurs, manifestent sous l'oeil attentif des services d'ordre entre la place Bellecour (2e) et la Bourse du Travail (3e). Djembés et banderoles à la main, le cortège, composé essentiellement de lycéens, d'étudiants et de quelque 500 syndicalistes, traverse le centre-ville sans heurts au son de « Villepin, Sarko, même racaille. Une solution, qu'ils s'en aillent ! »

18 : Le samedi 18 mars, les anti-CPE ne désarment pas. Entre 10 000 personnes selon la police et 25 000 selon les organisateurs défilent dans le centre-ville pour le « retrait pur et simple du contrat première embauche ». Les manifestants – des lycéens, des étudiants et des salariés – demandent même à Jean-Jack Queyranne et au maire de Lyon, Gérard Collomb « de mettre des trains à leur disposition » pour participer à la manifestation parisienne du 23 mars.
Du côté des facs, des AG sont prévues le lundi 20 mars à Lyon-I et à l'Institut d'études politiques de Lyon, qui, après deux jours de fermeture administrative, devait rouvrir ce jour-là. A Lyon-II, toujours fermée, deux AG ont lieu sur les campus des quais (7e) et de Bron. Côté lycées, la mobilisation prend de l'ampleur avec le blocage de plusieurs établissements de l'agglomération, dont le lycée Brossolette, à Villeurbanne, où le proviseur opte finalement pour une fermeture administrative. Près de 350 lycéens se rendent devant le lycée Edouard-Herriot (6e) pour l'occuper. Les CRS les empêchent d'entrer dans le lycée. Sous les jets de pierres, les forces de l'ordre interpellent trois personnes.

20 : Les lycéens appellent à manifester le 21 mars à 14 h place Bellecour. Dans les universités, des assemblées générales sont organisées pour déterminer les suites à donner au mouvement. A Lyon-II, encore fermée, des étudiants, dont certains n'ont plus cours depuis une semaine, s'opposent au blocage de la fac. Une cinquantaine d'entre eux se sont déjà regroupés au sein du Collectif des libertés des étudiants (CLE), créé en fin de semaine dernière. En fin d'après-midi, le blocage est également reconduit à l'Institut d'études politiques, où une assemblée générale réunit près de 500 personnes.

23 : Environ 500 étudiants et lycéens bloquent  le pont de la Guillotière (7e), dans le centre-ville, avec des barricades, à 11 h, avant d’être dispersés par les forces de l’ordre. Vers 9 h, un groupe de 400 manifestants qui n’a pas pu embarquer à la gare de Perrache pour se rendre à la manifestation de Paris, se regroupe sur l’autoroute A7 voisine, bloquant l’accès au tunnel sous Fourvière. Plusieurs kilomètres de bouchons se forment. La police fait usage de gaz lacrymogènes pour libérer l’autoroute. Trois personnes sont interpellées à la suite de nombreuses dégradations commises par des “casseurs” en centre-ville, ainsi que dans les 3e et 8e arrondissements: poubelles incendiées, voitures retournées et une rame de métro dégradée. La préfecture annule plusieurs défilés de carnaval organisés par les écoles. Une manifestation, sous haute tension, est prévue à 14 h au départ de la place Bellecour (2e).

27 : à la veille de la journée de mobilisation nationale, lycéens et étudiants se font à nouveau entendre contre le CPE. Seize lycées de l’académie sont perturbés le matin, dont Descartes à Saint-Genis-Laval, bloqué par des élèves. Dans d’autres établissements, des barrages filtrants sont installés. Le rectorat informe d’un fort taux d’absentéisme. Par ailleurs, plusieurs établissements sont la cible de tentatives d’intrusion et de jets de pierre. Une personne est interpellée devant le lycée de La Sauvagère (9è). Rue Victor Hugo (2è), des dégradations sont commises sur des vitrines et des voitures. En fin d’après-midi, une centaine d’étudiants de Lyon-II participent à un « die-in », sur la place des Terreaux (1er), une action non-violente.

28 : Démonstration de force réussie contre le CPE. Entre 17 000 personnes selon la police et 35 000 selon les organisateurs ont battu le pavé, sous la pluie, entre la Manufacture des tabacs (8e) et la place Bellecour (2e) pour demander « le retrait du CPE et de la loi sur l’Egalité des chances ». Une mobilisation massive que les organisations syndicales n’avaient plus observée à Lyon depuis la manifestation spontanée du 1er mai 2002, entre les deux tours de l’élection présidentielle.
Très encadré par la police et les services d’ordre des syndicats, le cortège a rejoint sans aucun débordement le centre de Lyon au rythme des « Y’en a marre de cette société qui vote le chômage et la précarité ». Seules deux personnes, selon la police, ont été interpellées en marge de la manifestation place Bellecour pour jets de projectiles. Très présents, les étudiants de Lyon-II et de l’IEP ont voté le maintien du blocage de l’université. A Lyon-III, où les cours continuent d’être assurés, l’éventuel blocage de la fac doit être voté jeudi au cours d’un vote à bulletin secret organisé sur les quais et à la Manufacture des tabacs.

30: Axes routiers bloqués, voies ferrées envahies, bus et vitrines tagués... Pendant près de deux heures, quelque 400 étudiants anti-CPE jouent au chat et à la souris avec les forces de l'ordre. Partis de Lyon-II à 13 heures en manifestation improvisée et baptisée «Action directe», les anti-CPE rallient très vite le chemin de fer surplombant la place Jean-Macé (7e). Après une brève occupation des voies, ils bloquent à plusieurs reprises la circulation dans le 7e et le 3e avant d'être dispersés à coup de gaz lacrymogènes près de la place Bellecour. Quatre jeunes sont interpellés pour « jets de projectiles et dégradations ». Deux heures plus tard sur la place, 1 500 jeunes prennent le départ d'une nouvelle manifestation pacifique jusqu'à l'hôtel de police de Lyon (8e), où sont encore retenus leurs camarades. Du côté des facs, le blocage de Lyon-II et de l'IEP se poursuit. A Lyon-III, les étudiants se prononcent à 82,42 % contre le blocage de l'université.

Avril

3 : Après les étudiants, c'est au tour des professeurs vacataires de monter au créneau. Ces personnels non-titulaires, privés de cours depuis trois semaines en raison du blocage de la fac, demandent à être rémunérés. « Ce n'est pas de notre fait si les cours ne sont pas assurés », témoigne Martin Seignot, un jeune professeur de travaux dirigés qui, comme les centaines d'autres vacataires de Lyon-II n'est payé que sur les heures travaillées. « La situation est compliquée. On nous demande d'être présents à l'heure de nos cours parce qu'officiellement l'université est ouverte, et puis on nous renvoie chez nous parce que la fac est bloquée », renchérit une autre, soucieuse de trouver un « arrangement » avec la présidence.
Claude Journès, arrivé à la présidence de Lyon-II il y a quelques jours, indique que des solutions seront proposées aux vacataires « pour garantir leur rémunération ». Il souhaite que ces derniers assurent des permanences et mettent en ligne des exercices pour rattrapper leurs cours.

4 : Cette cinquième journée de mobilisation est un « incontestable succès ». Au moins 25000 personnes défilent, entre Monplaisir (8e) et la place Bellecour (2e), pour demander « le véritable retrait du CPE ». En tête de cortège, lycéens et étudiants déambulent au rythme des «Chirac, Villepin, Sarko, votre période d'essai est finie», suivis par une foule de salariés fortement remontés après « la reprise du dossier CPE par le chef de l'UMP Nicolas Sarkozy ». Fortement encadrée par les forces de l'ordre, la manifestation s'achève sans incidents. Des noms d'oiseaux fusent au début du parcours à destination d'un groupe d'étudiants de Lyon-III opposés aux blocages des facs. Le soir, étudiants et lycéens se réunissent, une bougie à la main, sur la place des Terreaux pour un rassemblement pacifique.

5: Le symbole lyonnais de la lutte anti-CPE, l'université Lyon-II, s’effondre partiellement avec le déblocage du campus des quais, voté par la majorité des étudiants à l'issue d'une assemblée générale animée. « Les bloqueurs ont gagné partiellement. S'ils continuent, ils feront reculer le gouvernement, mais plus en bloquant les facs », souligne Emmanuel, un autocollant « Non à la violence, non au blocage » collé sur le bras. « Il faut que ce mouvement s'arrête. C'est indispensable pour vous », a renchéri Michel Guillot, professeur à la faculté de droit et de sciences politiques, soucieux de voir les cours reprendre. Des arguments qui, au terme de trois heures de débats un peu confus, réussissent à faire pencher les votes en faveur du déblocage, avec 618 pour et 538 contre. Un revers pour les bloqueurs, qui doivent accueillir ce week-end à Lyon la coordination nationale contre le CPE. « Ce n'est pas en rouvrant les facs que nous allons faire reculer le gouvernement », dénonce en pleurs Laura, étudiante en droit. Le campus de Bron reste le dernier site universitaire bloqué à Lyon, les étudiants de l'Institut d'études politiques ayant également voté pour la reprise des cours. 

6 : Une trentaine d'enseignants de Vaulx-en-Velin sont en grève depuis le 4 avril contre le CPE. Une première à Lyon. « En tant qu'enseignants, nous devons nous mobiliser pour faire que le monde du travail soit moins dur pour nos élèves que celui qu'on est en train de leur préparer», explique David Rappe, la trentaine, professeur d'histoire au collège Henri-Barbusse.
Après avoir partagé un pique-nique festif avec les élèves du lycée Doisneau de Vaulx, les enseignants grévistes participent à la manifestation anti-CPE organisée dans le centre de Lyon. Regroupés en milieu de cortège sous une large banderolle colorée, profs et élèves défilent aux côtés de 750 autres jeunes manifestants au rythme des « Villepin, Sarko, même racaille, une solution : qu'ils s'en aillent ! » « On est en train de brader l'avenir de la jeunesse des classes populaires, qui seront les premiers à subir les conséquences des mesures actuelles», renchérit l'enseignant, qui participera le 7 avril à la parade de soutien « aux guignols Chirac, Villepin, Sarko » organisée avec ses collègues dans les rues de Lyon. 

9 : Difficile de savoir ce qui ressort des interminables débats de la coordination nationale étudiante et lycéenne. Réunis ce week-end sur le campus de Bron, symbole lyonnais de la résistance anti-CPE, quelque 450 délégués venus des quatre coins de la France tiennent à présenter leurs revendications à l'écart des journalistes. « La presse est manipulée par le gouvernement. On ne veut pas de médias détenus par des entreprises capitalistes », avance avant l'ouverture des débats l'un des étudiants face à un amphithéâtre comble et décoré de banderoles sur lesquelles on peut lire : « Villepin dehors » ou encore « Grève générale ».
En fin d'après-midi, après une conférence de presse n'annonçant finalement aucune nouvelle action pour la semaine à venir, les médiateurs et les représentants de la coordination ne sont pas en mesure de faire émerger une action- clé parmi les 90 propositions énumérées durant le week-end. L'appel résumant les initiatives doit être rédigé tard dans la soirée. Et sera évoqué lors des assemblées générales prévues à Lyon-II le 10 avril pour voter la poursuite ou non du blocage.


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