Le débat sur la dangerosité du bitume renvoyé devant des experts scientifiques. La cour d’appel de Lyon, chargée de trancher le conflit qui oppose depuis plusieurs années la société de construction Eurovia, filiale de Vinci, à la famille d’un ouvrier de 56 ans mort en 2008 d’un cancer de la peau, a renvoyé son arrêt au 29 novembre 2011. Elle a demandé d'ici là un complément d’information et renvoyé l’affaire devant le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, composé d'experts scientifiques.
Une «faute inexcusable»
Tout a commencé le 3 juillet 2008, au lendemain de à la mort de José-Francisco Serrano Andrade, spécialisé dans l’épandage du bitume sur les routes et dont le cancer s’était déclaré sur le visage. En mai 2010, pour la première fois en France, Eurovia avait été reconnue coupable par le tribunal des affaires sociales (Tass) de Bourg-en-Bresse de «faute inexcusable» dans la mort de cet ouvrier.
L’entreprise de travaux publics avait fait appel de la décision, estimant à l’époque que ce jugement allait «à l’encontre des études les plus récentes, qui ont conclu à l’absence de liens entre le bitume et toutes formes de cancer».
«Nous avons planté un couteau dans une plaie ouverte. Cette demande de complément d’enquête est la preuve que le bitume a tué et tuera encore sur les routes. La cour estime qu’il y a matière à approfondir», s’est félicité ce mardi Jean-Jacques Rinck, avocat de la famille Andrade, demandant à la société Eurovia de révéler les secrets de fabrication du bitume. «Ce débat scientifique ne pourra pas être tranché, tant qu’il y aura cette omerta sur cette question», a-t-il ajouté.
«Une maladie due aux UV», selon Eurovia
L’avocat de la société Eurovia, Adrien-Charles Dana s’est également dit satisfait du complément d’enquête demandé par la cour d’appel. «Les données dans cette affaire sont médicales. Il faut un avis de médecin pour que les juristes se prononcent. Ce renvoi est une bonne chose pour le dossier et la vérité», a-t-il déclaré à la sortie de la Cour d’appel de Lyon, rappelant que dans cette affaire, «la maladie est due à une exposition aux UV».
Le tribunal a pu prouver que «la conjonction de projections voire d’inhalation du bitume avec les UV favorisait soit le risque né des UV soit le risque né du bitume», avaient estimé les magistrats du Tass dans leur délibéré, en première instance.
Le syndicat CGT de la fédération de construction, également présent à la cour d'appel, a pour sa part rappelé que«ce procès a permis de poser un problème qui avant ne l'était pas». Désormais à Clermont-Ferrand, la société Eurovia, «fait faire des analyses d'urine à ses ouvriers pour vérifier leur état de santé des personnels», a indiqué René de Froment, syndicaliste.
Une nouvelle audience est prévue le 29 novembre à la Cour d'appel de Lyon.
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