Agoria, DJ électro lyonnais.
Agoria, DJ électro lyonnais.

Propos recueillis par Jérôme Pagalou

Agoria, DJ électro lyonnais reconnu, vient présenter vendredi au Transbordeur son nouvel album Impermanence. Il évoque pour 20minutes.fr le festival des Nuits sonores.

>> A lire par ici, Joey Starr invité pour la 9e édition du festival.

Quel regard portez-vous sur Nuits sonores, que vous avez contribué à lancer en 2003?
La première année était très dure car le projet, parrainé par la Ville, déclenchait envie et méfiance. Mais il s'est légitimé par les choix artistiques. Ce qu'on avait écrit avec un crayon de papier sur les pentes de la Croix-Rousse est depuis devenu un événement de 80.000 personnes et je suis toujours très étonné par son succès grandissant, qui dépasse largement Rhône-Alpes et la France. A l'étranger, quand j'annonce que je viens de Lyon, on me parle d'abord de Karim Benzema. Mais le monde des musiques électroniques connaît désormais les Nuits sonores. Aujourd'hui, je suis une sorte de garant, appelant juste parfois des artistes pour leur présenter le festival. Avec le recul, il faut se dire qu'entre l'époque des raves et les Nuits sonores, c'était un no man's land dans la région.

Aujourd'hui, comment jugez-vous la vie nocturne à Lyon?
Il n'y a pas de club digne d'une ville de son importance. Le DV1, l'Ambassade et le Sound Factory font bien le boulot mais il manque vraiment un endroit pouvant accueillir 800 personnes avec une programmation pointue comme le Rex à Paris. J'espère vivement qu'on l'aura un jour.

Vos premières sorties à Lyon?
Je n'avais pas 18 ans lors de ma découverte de l'Hypnotik (1er), un club improvisé sur trois étages. Ce fut un déclic pour moi. J'y étais resté pendant cinq heures mais pour moi, ça n'avait duré que 10 minutes. C'était mystique. Il n'a dû être ouvert que six mois mais les gens y venaient de Paris ou Genève.

Comment avez-vous effectué vos premiers pas de DJ?
A 23 ans, j'ai eu un choix totalement décisif à faire. A la fin de mes trois années à l'école supérieure d'audiovisuel, j'ai été contacté par James Ivory [Les Vestiges du jour, 1993] pour être son assistant-réalisateur. Le cinéma paraissait alors plus « safe » que l'électro où nous étions regardés comme des démons. Mais j'ai privilégié une date au Space en première partie de Richie Hawtin et Carl Cox.

Quel lien gardez-vous avec Lyon?
Je regrette de ne pas vivre davantage dans mon appartement en bas des pentes de la Croix-Rousse. J'adore ce que je fais mais il y a beaucoup de voyages. Et comme je n'ai pas envie de lasser les gens, je ne joue à Lyon que deux fois chaque année. Cette ville s'est transformée en dix ans. Elle est moins frileuse et devient vraiment belle.

Est-ce un frein professionnel pour vous d'y vivre?
Les choses seraient allées plus vite pour moi ailleurs et c'est un handicap de ne pas être à Berlin, Paris ou Londres, où beaucoup de choses se décident. Mais je m'y serais peut-être brûlé les ailes aussi et ma réflexion à long terme est d'être en retrait dans ma ville, auprès de tous mes proches, et où j'ai envie de lancer des projets. Je suis actuellement de plus en plus attiré par la cuisine lyonnaise et j'aimerais rencontrer Nicolas Le Bec pour imaginer des choses entre la musique et la cuisine.

Comment analysez-vous votre trajectoire aujourd'hui?
J'ai surtout eu envie de jouer dans les soirées par ego juvénile et à 25 ans, j'avais dit que j'arrêterais à 30 ans. Pareil à 30 ans et j'en ai 35 aujourd'hui. Je n'ai pas de plan de carrière et je ne me suis jamais dit que j'allais en faire ma vie. Tout a été très progressif. Il y a dix ans, j'étais venu jouer dans un club au Japon devant 90 personnes. La semaine dernière, ils étaient 3.000 !

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