En juin 1975, Maria était de celles qui occupaient l'église Saint-Nizier pour dénoncer le harcèlement policier. Trente-cinq ans plus tard, son quotidien s'est encore empiré, dit-elle. Mais « sa lutte » continue. Hier, cette prostituée de 57 ans, accompagnée de 40 autres filles, a investi les abords de l'hôtel de ville (1er) pour dénoncer « la politique répressive » du maire de Lyon à leur égard.
Des matelas à Bellecour ?
A coups de slogans chocs, les prostituées ont réclamé le retrait de l'arrêté municipal du 17 mai interdisant le stationnement des camionnettes sur une partie de Gerland (7e). Depuis 2002, c'est le sixième de ce type pris par Gérard Collomb (PS) pour éviter la concentration de prostituées. « Cela ne fait que les précariser, au détriment de leur sécurité et de leur santé, déplore Florence Garcia, directrice de Cabiria, association d'aide aux prostituées. Sans arrêtés, elles se répartiraient davantage sur le territoire au lieu de se concentrer car elles sont indésirables ailleurs. » Face à la répression, Maria résiste. Et a laissé sa camionnette à Gerland. « Depuis, on paye 400 € de fourrière par semaine », se plaint cette quinquagénaire, reçue hier, avec d'autres filles, par l'adjoint à la tranquillité publique. « Je leur ai dit que nous ne prendrions pas davantage d'arrêtés, car cela n'est pas une solution, indique Jean-LouisTouraine (PS). Mais nous répondons aux demandes pressantes de la préfecture, elle-même interpellée par des riverains ou entreprises excédées par les camionnettes. » Un discours jugé insuffisant par les prostituées. « Si pour établir un vrai dialogue avec la mairie, il faut installer des matelas à Bellecour, nous le ferons », préviennent-elles.