Un hôpital pour détenus, ça ressemble à quoi au juste?

SANTE La première Unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) de France axe ses soins autour du bien-être du détenu. Avec balnéothérapie médicalisée et ateliers de cuisine...

A Lyon, C.B.

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De l’extérieur, l’imposant bâtiment de béton a tout d’une prison. Seul l’inox poli installé au dessus de l’entrée, égaye un peu les murs. Derrière les vitres sont postés des agents de l’administration pénitentiaire.

La première Unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) destinée à accueillir les détenus ayant d’importants troubles psychiatriques a été inaugurée ce vendredi après-midi à Bron, sur le site de l’hôpital psychiatrique du Vinatier. L’occasion pour 20minutes.fr de visiter les lieux, construits un peu à l’écart du reste.

>> A lire, les détails de l'inauguration par ici.

A l’extérieur les matons, à l’intérieur les médecins

Une fois les parloirs dépassés et quelques portes ultrasécurisées franchies, le lieu ressemble davantage à un hôpital avec ses couloirs couleur beige et son «plateau de soins». Les chambres sont sobres, équipées d’une télévision placée en hauteur derrière une vitre, d’un petit bureau et d’un coin salle de bains entièrement carrelé. Certaines chambres ont vu sur une cour intérieure où ont été installés une table de ping-pong, un terrain synthétique, un panier de basket et quelques fleurs.

C’est le concept de l’UHSA. Les détenus sont pris en charge à leur arrivée et sortie par des agents de l’administration pénitentiaire. Mais une fois à l’intérieur, ils sont entièrement encadrés par des médecins, infirmiers et aides-soignants. Les surveillants sont à leur disposition si besoin.

Huit détenus déjà hospitalisés

 Depuis la mise en service de cet hôpital-prison mardi, huit détenus de la maison d’arrêt de Corbas sont arrivés. «Tout s’est bien passé», relate le personnel. A terme, soixante personnes qui présente des pathologies de dépression à tendance suicidaire ou des troubles psychiatriques pourront être soignées dans cet établissement.

«Auparavant, seuls les détenus dangereux pouvaient être pris en charge, explique Pierre Lamothe, psychiatre et responsable du pôle «santé mentale des détenus et psychiatrie légale». Avec l’UHSA, nous accueillons ceux qui sont aussi en grande souffrance et ceux qui demandent à être soignés. C’est une grande avancée.»

Le personnel en grève mais présent quand même

Pour soigner les patients, l’UHSA propose de nombreuses activités 24h/24 centrées autour du corps, comme la balnéothérapie, des ateliers de cuisine et du sport. «Les détenus malades parlent difficilement. Il faut donc que la personne prenne soin d’elle et retrouve confiance en elle», souligne Eve Becache, médecin psychiatre.

Le personnel soignant, qui mène un mouvement de grève pour ne pas avoir à effectuer des taches sécuritaires comme les fouilles, avait été réquisitionné. Tous avaient donc un discours très formaté. « Nous prenons nos marques, confiait Abdel, infirmier. Nous sommes à l’écoute des patients.»

Pierre Lamothe assure que la contestation s’éteindra «d’elle-même». Et il balaye les arguments des grévistes qui pointent du doigt la confusion entre les soins et la sécurité. «Le risque est beaucoup plus grand dehors quand une infirmière est seule face à un patient dangereux. A l’UHSA, le personnel travaille en équipe.»

 



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