L'artiste Ben a trouvé un nouveau terrain de jeu pour ses écritures. A sept jours du lancement de sa rétrospective « Strip-tease intégral » au Musée d'art contemporain de Lyon (6e)*, il taguait hier à la bombe une conclusion de son travail sur un immense mur blanc de l'expo : « Je ne peux m'empêcher de voir un artiste désespéré, angoissé… » Masque de protection autour du cou, le Niçois âgé de 74 ans avouait hier « avoir le trac ».
Plus de mille œuvres à accrocher
Depuis près de deux mois, entre quinze et vingt techniciens travaillent en permanence sur cette rétrospective hors norme. Plus de mille œuvres, réalisées entre 1955 et 2010, seront réparties chronologiquement sur les trois étages du Mac, soit 3 000 m2 d'exposition. Beaucoup sont encore posées au sol, dans l'attente d'être accrochées. « D'ordinaire, une préparation dure entre trois semaines et un mois et demi, souligne Samir Ferria, régisseur de production. Deux mois, c'est exceptionnel. Mais, en même temps, lorsqu'on voit ces grandes surfaces à remplir avec ces tout petits formats, c'est angoissant. »
Au premier étage du Mac, c'est le célèbre commissaire et historien d'art Jon Hendricks, également agent de Yoko Ono, qui règle les derniers détails et s'extasie devant le début de carrière de Benjamin Vautier.
« Tout est art », son principal concept, daté de 1951, invite le public à découvrir « le fonctionnement de l'esprit de l'artiste », explique Jon Hendricks. Le commissaire affirme avoir dû jouer les « archéologues » pour retrouver de nombreuses œuvres dispersées dans des collections privées, un peu partout dans le monde. Ben, toujours aussi caustique, explique que « cette rétrospective lui a ouvert les yeux » sur ce qu'il est réellement. « Ça m'a fait un choc de voir les trois étages. Je me suis dit, “Ben, ça fait trente ans que tu fais la même chose ! Que tu dis aux gens de te regarder”. » Faux, rétorque Jon Hendricks : « Les idées reviennent, mais les écritures sont vraiment toutes différentes. »
Un tableau de Ben à gagner
Au deuxième étage, la salle a des allures de terrain de jeux. Avec de vraies activités. On peut y faire briller ses chaussures sous le tableau L'Art sert à cirer vos godasses. Jouer au baby-foot ou grimper sur Le Bizart Baz'art, une cabane monumentale de 5 tonnes en dépôt depuis plusieurs années au Mac. Cette œuvre de Ben, exposée dans le hall, a été spécialement déplacée pour la rétrospective. Les visiteurs s'amuseront aussi à découvrir le déroulement de leur dernier jour avec un jeu de hasard. Un technicien s'esclaffe en lisant la prédiction numéro 17 : « Vous allez mourir en faisant l'amour. » Le thème du sexe, Ben en raffole. A tel point qu'un espace « Sex Maniac » a été installé. L'artiste n'hésite pas à écrire noir sur blanc : « J'aime les femmes nues. »
« C'est une bonne expo », résume avec modestie le Niçois, arrivé au dernier étage, le plus contemporain des trois. Une rangée de tee-shirts fait discrètement allusion à l'aspect marketing de son art. Au fond, Ben invite le public à « jouer la provoc' pour gagner un tableau L'Art n'est que provocation ». Sur cette scène immense, il aurait bien vu « une strip-teaseuse » pour coller au titre de sa rétrospective. Mais le Mac ne semble pas tout à fait d'accord.