Les geôles de Perrache livrent leurs secrets

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Publié le 11 février 2010.

REPORTAGE - «20 minutes» a visité mercredi les anciennes maisons d'arrêt, jusqu'alors interdites d'accès...

On la baptisait la «Marmite du diable». Un surnom qui, neuf mois après la fermeture des geôles, trouve encore un écho dans l'ancienne prison de Perrache, à Lyon. Strictement impénétrables depuis le transfert des détenus en mai 2009, les maisons d'arrêt Saint-Joseph et Saint-Paul ont, pour la première fois, ouvert leurs portes à la presse mercredi 10 février dans le cadre de la procédure de vente lancée par l'État.

Des cellules vétustes à l'odeur fétide

A la fin de l'année, ces 20 hectares, aujourd'hui propriété de l'État, auront sans doute été rachetés par un promoteur immobilier pour être reconvertis. En partie seulement, car tous ces bâtiments carcéraux du XIXe siècle, rongés par le temps, ne présentent pas un intérêt architectural. «Mais il faudra que le projet retenu fasse sens, que les architectes parviennent à conserver la mémoire de ces lieux», insiste Marie Bardisa, conservatrice régionale des monuments historiques.

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A chaque étage des maisons d'arrêts, les détenus ont laissé leur trace. Sur l'un des murs d'une vétuste cellule, où étaient entassés jusqu'à quatre personnes, l'un d'eux a écrit une prière à Allah. Plus loin, au-dessus des toilettes, séparées du reste de la pièce par un mince muret, un autre a gravé: «Ici les rats se serrent la main. Ils mangent mieux que nous.» Même l'odeur fétide de la détention imprègne encore les geôles. Et à l'extérieur, des dizaines de bouteilles en plastique et de guenilles restent accrochées aux barbelés, rappelant les systèmes de «yo-yo» mis en place par les prisonniers pour communiquer. «Comment pouvait-on dire que les gens étaient bien ici ? lâche le préfet du Rhône, Jacques Gérault, présent lors de la visite. Dans ces conditions, on apprend à devenir un vrai délinquant.»

Un plan carcéral unique en France

Mais dans ces bâtiments signés Baltard et Louvrier, certains éléments architecturaux ont mieux résisté. A Saint-Joseph, la prison en forme de peigne construite côté Rhône, la chapelle a gardé toute sa superbe. «Avec sa coupole en pierre de taille, sa composition architecturale et ses matériaux de qualité, c'est l'élément central de cet ensemble carcéral», note Pierre Franceschini, architecte des bâtiments de France. Elle sera conservée, tout comme devront être sauvegardées les galeries menant aux six ailes de détention.

A Saint-Paul, bâtie le long du cours Suchet, la tour centrale, où niche une chapelle reconvertie en petit théâtre, sera préservée. «Les escaliers en pierre, par lesquels on accède aux ailes construites en étoile autour de la tour, ne pourront pas être démolis», ajoute Pierre Franceschini. Le portail d'entrée aussi devra rester, tout comme la trame des murs d'enceinte.

Mais le souterrain entre les deux prisons, où le peintre Chamizo, passé par Perrache, a réalisé plusieurs fresques, sera condamné. Les bâtiments plus récents, construits en extension sur les deux sites, seront détruits. Un moindre mal, si l'on considère qu'il y a un an, les maisons d'arrêts étaient condamnées. L'affaire avait alors révolté les défenseurs du patrimoine rhônalpin. «C'est l'unique endroit où existe cette juxtaposition de plans ­carcéraux [en étoile et en peigne] qui ont fait école en France», rappelle la conservatrice. Désormais grâciée, la « marmite » s'apprête à sortir de l'enfer.

Elisa Frisullo
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