Il y a encore quelques mois, Mohammad, Khalil, Gul Quand, Ayoub et Naseri ne se connaissaient pas. Aujourd'hui, les noms de famille de ces cinq Afghans, âgés de 19 à 32 ans, sont soigneusement alignés sur la boîte aux lettres d'une maison de Chaponost, prêtée par la mairie pour un an.
Grâce à un élan de solidarité d'habitants et d'associations de la commune, ces demandeurs d'asile, expulsés de la « jungle » de Calais le 22 septembre, tentent jour après jour de se construire une nouvelle vie en France. « Ils sont arrivés épuisés et anxieux, un lundi, se souvient Chantal Guyot, conseillère municipale qui les accompagne dans leurs démarches. Aujourd'hui, ils commencent à retrouver le sourire. »
Sur les murs de la cuisine commune, ils ont affiché une carte de l'Afghanistan et des photos de leurs enfants restés là-bas. « Nous avons tous des histoires différentes, certains viennent du Nord de Kaboul et d'autres du Sud, explique Ayoub, assis autour d'un thé. Mais ce qui est clair, c'est que nous étions obligés de fuir notre pays en guerre. » C'est pourquoi l'expulsion en début de semaine de neuf Afghans vers Kaboul les laisse sans voix. « J'ai du mal à réagir à cette situation car je ne comprends pas, poursuit Ayoub. Personne ne peut ignorer la situation de notre pays avec les talibans. J'espère que nous pourrons arrêter ces expulsions. »
Tous ont vécu le camp de Calais comme un enfer. « Nous n'avions ni endroit où dormir, ni de quoi manger. Il était impossible de se laver », décrit Ayoub. Après l'évacuation de la « jungle », lui et neuf autres compatriotes ont été envoyés au centre de rétention de Lyon. La Cimade s'est mobilisée pour les faire sortir et a effectué en un temps record les démarches pour leur trouver un toit, à Saint-Fons pour certains, à Chaponost pour les autres.
Là, des habitants se sont mobilisés pour leur apporter des vêtements chauds, du mobilier et de l'aide. Des bénévoles leur donnent des cours de français deux fois par semaine, d'autres les emmènent à la banque alimentaire. « Nous vivons comme tous les autres à Chaponost. Les voisins nous disent bonjour. Nous sommes heureux et pouvons circuler sans craindre les policiers », souligne Khalil, père d'un bébé de six mois. En début d'année, ils iront tous à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, à Paris, pour dire leur envie de travailler en France. Et qui sait, un jour, d'y vivre avec leur famille. W