Des détenus excédés, des personnels sous tension. Sept mois après son ouverture, Corbas ne fait pas l'unanimité. Les critiques se multiplient autour de cette maison d'arrêt présentée pourtant à son ouverture comme une « prison modèle du XXIe siècle ». La dernière en date vient du contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, qui participait mercredi à une réunion du conseil de développement du Grand Lyon sur les prisons.
« Si on demandait aux détenus et personnels de choisir entre les anciennes prisons et Corbas, ils se prononceraient à 100 % pour Perrache. Les gens préfèrent vivre avec des cafards et des relations humaines, plutôt que sans cafards et sans échanges », a déclaré Jean-Marie Delarue, se basant sur les conclusions des contrôleurs venus en octobre visiter Corbas. Le constat est sans appel. « Je ne comprends pas comment on a pu imaginer une prison qui cherche à faire taire, alors que la réinsertion suppose que l'on parle », a-t-il ajouté, « pessimiste sur le sort de Corbas ».
Depuis cette maison d'arrêt ultramoderne, l'automatisation des portes a limité les échanges entre surveillants et prisonniers. « Lorsque je viens voir un détenu, je passe neuf portes et je ne vois aucun gardien », a témoigné mercredi Claude Marot, visiteur de prison. « La grandeur du site ajouté au fait que nous ne sommes pas assez nombreux ralentit considérablement les mouvements de prisonniers », explique Emmanuel Chambaud, délégué Ufap à Corbas. L'accès aux activités ou aux parloirs, qui nécessite l'accompagnement des détenus, est plus compliqué et favorise l'isolement, l'ennui des détenus. Ces dernières semaines, les incidents se sont multipliés au sein de la maison d'arrêt.« Si Corbas se rebelle, c'est que des choses graves s'y passent, explique un ancien prisonnier, libre depuis peu. Aujourd'hui, ce qui est en jeu, c'est la vie des détenus. Il y a une tentative de suicide par semaine là-bas. » Pour calmer les tensions, l'administration pénitentiaire a décidé de transférer des détenus vers d'autres prisons de la région. « Que l'on ajoute du personnel ou que l'on transfère des détenus, cela ne changera rien. Moins les gens s'expriment, plus ils sont agressifs. Cela a déjà commencé à Corbas », estime Jean-Marie Delarue. W