« L'important n'est pas ce qu'on trouve, mais ce qu'on en fait »

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Publié le 17 novembre 2009.

Vous attendiez-vous à de telles découvertes en commençant le chantier en 2002 ?

Vu l'emplacement, non loin du centre historique, en bord de fleuve, on pouvait présumer un contexte archéologique fort. Trouver des bateaux en bord de Saône était quelque chose de prévisible. Notre problématique était liée à la présence du port Sablet, inscrit sur les plans du XVIe siècle. Il s'agissait de savoir s'il existait déjà à l'époque antique.

Comment s'est déroulée la découverte des bateaux ?

En avril 2003, on a d'abord trouvé un morceau de bois. C'était peut-être un reste de tonneau. Puis il y en a eu plusieurs, et on a vu que ces planches avaient une architecture. C'était en fait une embarcation que l'on a pu dater des années 1745-1750. Il a alors fallu qu'on calme la construction du parc de stationnement. Nous avons pris en charge l'évacuation du bateau pour gagner du temps et ne pas bloquer le chantier. Mais jamais on n'aurait pensé en trouver d'autres. En octobre, on a découvert les barques romaines. En arrivant au seizième bateau, il était temps que ça s'arrête. Car dans l'archéologie urbaine, il faut aller vite.

Auriez-vous pu découvrir davantage de choses si les fouilles avaient pu se prolonger ?

Non, car nous avons fait une fouille très fine. On a quand même retrouvé des écailles de poissons, des squelettes d'anchois. La pression était telle qu'on a pensé à un moment ne pas tout fouiller. Mais on a un devoir de mémoire. Il faut tout ramasser pour les générations futures. Mais le risque avec une fouille exhaustive, c'est l'engorgement. On a donc tout ramassé, mais nous n'avons pas traité tous les objets.

Que nous apprennent ces fouilles sur l'histoire de Lyon ?

D'abord, on a beaucoup appris sur les techniques de construction des bateaux. Leur présence a permis d'attester d'une activité portuaire depuis l'Antiquité. On sait que la construction de la capitale des Gaules s'est fait grâce à l'apport de matériaux par la voie fluviale. On peut imaginer que cette capitale prospère était alimentée par les bateaux venant de la Méditerranée puisqu'on a trouvé des restes de poissons marins. Les acquis sont également exceptionnels avec les statues. On a découvert l'arrière-train d'un cheval en bronze, qui suggère une statue d'un très haut personnage, probablement un empereur. Des restes d'inscriptions sur un portique attestent de la présence d'un temple antique, pour l'instant non répertorié à Lyon.

Et sur la vie quotidienne des Lyonnais ?

A l'époque antique, il y avait une forte activité de batellerie à Saint-Georges. Nous avons retrouvé des outils servant à manoeuvrer les bateaux. C'était aussi un secteur commerçant, avec pas moins de 250 pièces de monnaies retrouvées. Au Moyen Age, le port était entouré par des bâtiments. Les habitants jetaient dans la Saône leur surplus. C'était une zone de rejet. Mais parmi les 1 400 objets sortis de terre, il y a peu d'objets religieux, pas de vaisselle prestigieuse. On a trouvé des restes d'étuves, il y avait certainement des bains, et probablement un bordel en bordure de port. C'était un quartier populaire, avec beaucoup de pêcheurs, d'artisans.

Regrettez-vous que les bateaux ne soient pas encore exposés au public ?

Ces bateaux prennent énormément de place. Leur conservation et leur restauration coûtent très cher. Les archéologues ont fait leur travail, c'est à présent aux institutions de faire le leur en insérant ces objets dans les collections. L'importance d'une fouille n'est pas ce qu'on trouve, mais ce qu'on en fait. W

Recueillis par F. C.

Editions Lyonnaises d'Art et d'Histoire. Inrap, 127 pages, 25 euros.

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