La France a franchi le seuil épidémique pour la grippe A début septembre. Mais depuis, le nombre de cas semble stagner. Où est passée la grippe A?
Elle n'est pas en France, ou alors à un très bas niveau. Je suis le premier surpris. Nous, les experts, avions dit: «méfions-nous de la rentrée scolaire», car les enfants sont la boucle d'amplification de l'épidémie. Mais, dans le Rhône, une seule classe a fermé. Même si on a tous les jours au laboratoire un ou deux cas de grippe A diagnostiqué à Lyon, l'épidémie n'a pas commencé.
Pour quelle raison?
C'est encore un peu mystérieux. Il a d'abord fait beau en septembre. Les gens sont moins confinés à l'intérieur des bâtiments et le virus se propage moins. Et il y a eu beaucoup de mesures d'hygiène et elles ont été bien appliquées. Je crois que cela a eu des effets très bénéfiques pour ralentir l'apparition de ce virus.
N'a-t-on pas surestimé l'épidémie ?
Non, et maintenant il ne faut pas la sous-estimer. Elle va arriver, c'est certain. Elle s'est déclarée dans l'hémisphère Sud et il n'y a aucune raison que le Nord y échappe. Mais je ne connais pas le calendrier de la pandémie. Depuis août, je dis qu'elle commencera entre le 1er septembre et le 31 décembre.
Le discours sur la grippe A semble moins alarmiste aujourd'hui...
Entre le 24 avril, date du début de la pandémie, et aujourd'hui, nous avons acquis des connaissances sur le virus que nous n'avions pas avant. On sait que ce n'est pas une grippe plus dangereuse que la grippe saisonnière en termes de mortalité. Il n'y a pas de raison de dire que le H1N1 va tuer X millions de personnes. On reste cependant sur un schéma de 20 millions de personnes infectées. Le vrai problème reste la désorganisation du pays. D'où l'enjeu de la vaccination de masse qui va débuter fin octobre.
Les Français, notamment les personnels de santé, semblent pourtant réticents à se faire vacciner...
Sans personnel pour s'occuper des malades, on aura des problèmes. Il est de leur devoir professionnel de se faire vacciner. Mais je ne suis pas forcément en faveur d'une vaccination de la totalité de la population française. Notre objectif était de fournir un vaccin à ceux qui le veulent. Si on ne fait pas partie des catégories à risques (femmes enceintes, insuffisants respiratoires...) ou des personnes à protéger en priorité (médecins...), cela relève de la liberté individuelle. Le vaccin contre la grippe A a été élaboré, produit et évalué dans les mêmes conditions que le vaccin contre la grippe saisonnière. Il n'y a pas eu de bâclage.
>> Retrouvez notre dossier sur la grippe A (H1N1) par ici...