Elisa Frisullo

Ce n'est ni un hôpital ni un foyer. Mais une sorte de «sas» entre les deux, où depuis dix mois, les sans-abri nécessitant des soins peuvent être accueillis. Inaugurée hier à Villeurbanne, la Villa d'Hestia, gérée par l'association Organisation pour la santé et l'accueil, est la première structure de ce type à avoir vu le jour en France dans une vaste maison, jusqu'alors occupée par des soeurs.

Depuis décembre, 95 SDF ont été hébergées dans ce centre de soins. «Des hommes dans 85 % des cas, qui vivent dans la rue depuis plus ou moins longtemps et souffrent essentiellement de traumatismes des membres inférieurs, de diabète, et de pathologies digestives dues à l'alcool», explique Patrice Bourgogne, directeur de la Villa. Parmi les 30 occupants actuels, Ramzy, 32 ans, vit ici depuis deux semaines. Amputé après avoir contracté une maladie nosocomiale, cet homme d'origine tunisienne a perdu son logement le 30 septembre. «La préfecture m'a retiré mes papiers, j'ai alors tout perdu et je ne pouvais plus payer mon loyer, raconte Ramzy, qui, entre les hôpitaux et la Villa, n'a pas connu la rue. Mais si on ne me trouve pas un logement, c'est là que je vais finir.»

Depuis deux ans, Julien, 29 ans, passe de foyers en hôpitaux. «Des lieux, où, dit-il, je n'ai jamais pu être accompagné et écouté comme ici.» Mais après six mois dans cette maison, ce sans-abri devra bientôt retourner dans les centres d'hébergement d'urgence. Car, pour pouvoir remplir sa mission auprès du plus grand nombre, la Villa d'Hestia ne doit être qu'«un lieu de passage».