Il y a quarante ans, le « joli mois de mai » lyonnais débutait à l'Institut national des sciences appliquées, avec une grève décrétée le 6. En peu de temps, tous les étudiants se greffent au mouvement. Parmi les plus actifs, Jean-Louis Gass, 24 ans, thésard en physique-chimie et assistant-technicien de laboratoire. Il avait choisi de suspendre ses cours quelques semaines pour devenir membre actif du Comité populaire de la Croix-Rousse. « Pour surveiller l'inflation liée à la paralysie du pays, raconte aujourd'hui ce chercheur à la retraite, j'inscrivais jour après jour les prix des produits du marché sur un grand tableau noir. » De l'autre côté de Lyon, Jean Peyrot, 38 ans à l'époque, a aussi participé à la vague libertaire. Enseignant au lycée Jean-Perrin (9e) et intervenant à l'Institut d'études politiques de Lyon, il a encouragé ses élèves à se joindre aux autres. « Le lycée est resté imperméable à ce qui se passait, se remémore-t-il, mais à Sciences-Po, on a fait la révolution des tables et des chaises. On passait notre temps à les déplacer pour faire cours au milieu de la classe. Il n'était plus question d'estrade ni de hiérarchie. »
La participation des professeurs aux revendications du printemps 68 n'était toutefois pas unanime, loin de là. « En général, les titulaires n'ont pas adhéré à nos luttes », explique Jacques Wajnsztejn, alors étudiant et membre d'un comité d'action. « Ils avaient le statut de mandarin, que nous remettions justement en cause, poursuit cet enseignant en sciences sociales. Ce sont plutôt les maîtres assistants qui ont joué un rôle. » Jean Peyrot acquiesce. A 78 ans, il regrette encore qu'« une partie des équipes pédagogiques soient restées foncièrement hostile à ce qu'elles considéraient comme la perte de leur autorité ». Une autorité d'ailleurs vite rétablie, dès les législatives de juin 1968. Mais cette divergence de point de vue au sein des facultés ne s'est pas éteinte, beaucoup estimant qu'elle a donnée naissance, en 1973, à la scission entre les universités Lyon-II et Lyon-III, la première issue des mouvements contestaires.