Lyon: Le directeur du ballet de l'opéra condamné à six mois de prison avec sursis pour discrimination

JUSTICE Yorgos Loukos, accusé d’avoir exclu une danseuse du ballet de l’Opéra de Lyon, comparaissait pour discrimination et harcèlement jeudi à Lyon…

Elisa Frisullo

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Le directeur du ballet de l'Opéra de Lyon, ce 9 novembre 2017, en compagnie de son avocat Me Frédéric Doyez au tribunal correctionnel de Lyon.

Le directeur du ballet de l'Opéra de Lyon, ce 9 novembre 2017, en compagnie de son avocat Me Frédéric Doyez au tribunal correctionnel de Lyon. — E. Frisullo / 20 Minutes

  • Le directeur du ballet de l’opéra de Lyon est accusé d’avoir exclu de la troupe une danseuse, en 2014, en raison de sa maternité.
  • Des témoignages accablants attestant des propos « sexistes » tenus par Yorgos Loukos ont été lus à l’audience.

Difficile de se justifier quand la majorité des nombreux témoignages produits à l’audience vont à l’encontre de sa ligne de défense. Ce jeudi, le directeur du ballet de Lyon, Yorgos Loukos, a pourtant essayé de se plier à l’exercice devant le tribunal correctionnel de Lyon, où il comparaissait pour « harcèlement » et « discrimination ».

L’homme est accusé par Karline Marion, une ancienne danseuse du ballet, de l’avoir exclue de la troupe, en 2014, en raison de sa maternité.

Six mille euros d’amende

« Lorsqu’il y a un doute concernant une infraction, je demande la relaxe. Mais dans ce dossier, le doute n’existe pas. On a des éléments objectifs à charge accablants », a estimé le procureur de la République. Conformément à ses réquisitions, Yorgos Loukos a été condamné à six mois de prison avec sursis. Le directeur du ballet a également écopé d’une amende de 6.000 euros.

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Pendant plus de deux heures d’audience, les éléments se sont enchaînés pour démontrer, à la lecture des enquêtes menée par la police, la ville de Lyon et l’inspection du travail, la mauvaise foi du directeur qui a contesté les faits à la barre : « Je n’ai aucun problème avec les mères de famille. Je la trouvais pas mal (Karline Marion NDLR), mais sans plus, avant. Ce n’est pas entre 34 et 40 ans qu’elle allait devenir exceptionnelle », a indiqué Yorgos Loukos, apparu sûr de lui à la barre.

Tancé par le juge

Trop sans doute, au goût du juge du tribunal correctionnel, qui n’a pas hésité à le tancer à plusieurs reprises. « Dans ce tribunal, c’est moi qui mène la danse », a-t-il notamment asséné au directeur de ballet. Mais Yorgos Loukos n’a pas lâché et s’est contenté de répéter que Karline Marion avait été exclue de la troupe en raison de ses compétences devenues insuffisantes.

Différents témoignages accablants

Une ligne de défense battue en brèche par divers témoignages évoquant les propos « sexistes » du directeur soulignant les qualités de la danseuse, « performante et polyvalente ». Lors d’un entretien avec la jeune femme, à laquelle il refusait un déplacement avec la troupe à Bordeaux, il avait ainsi lancé : « Tu peux rester à Lyon pour faire ta gym et t’occuper de ton truc ». « Truc » faisant référence, dans la bouche du directeur, au bébé de la danseuse.

« On a la possibilité de dire à ce monsieur que son comportement enfreint nos lois et que pour cela il va être condamné », a déclaré jeudi l’avocat de la danseuse Me Thierry Monod, rappelant les « blessures » engendrées par cette affaire sur sa cliente, informée de son exclusion deux jours après son retour de congé maternité.

Invitée à s’exprimer lors du procès, Karline Marion a expliqué avoir été « marquée, très choquée et blessée » par certains propos du directeur de ballet. Emue aux larmes, elle a confié : « Je vais bien aujourd’hui. Mais je vois bien qu’il y a des choses inscrites en moi encore douloureuses ».