• Alors que le marché de l’immobilier est reparti à la hausse en France, Grenoble connaît une situation difficile.
  • Dans la capitale iséroise, les prix baissent mais paradoxalement, les biens ne se vendent plus.
  • Les investisseurs fuient la délinquance et préfèrent acheter dans les communes périphériques, où le prix au mètre est pourtant plus cher.

Le bon moment pour acheter ? A Grenoble, les prix de l’immobilier continuent globalement de baisser. De 8 % en moyenne chaque année depuis 5 ans, selon la plateforme meilleursagents.com. « Ils ont même chuté de 15 % en dix ans alors qu’ils ont remonté après la crise, dans la plupart des grandes villes de France », observe Thomas Lefèbvre.

Il faut désormais compter en moyenne 2.200 euros le mètre carré pour un appartement et 2.700 euros pour une maison. Pourtant autant les acheteurs ne courent pas les rues. La situation est même jugée inquiétante par certains professionnels du secteur. « Le nombre de ventes baisse constamment et il diminue beaucoup », relève Fabien Caminotti. Et de préciser : « Depuis cinq ans, les ventes chutent de 3 % chaque année. Selon certains secteurs, elles ont même dégringolé de 30 % ».

La politique menée par Éric Piolle décriée

« Cette situation est particulièrement étonnante car à Grenoble le taux de chômage de 8 % est plus faible qu’au niveau national. D’ordinaire, la demande est portée par l’emploi, poursuit Thomas Lefèbvre. Mais là, on n’a pas de demande. La situation est la même que celle de villes comme Saint-Etienne où le chômage dépasse les 10 % ».

« Il y a une conjoncture de plusieurs facteurs qui peut expliquer cette situation. La crise est passée par là et les changements politiques opérés par le maire de la ville (Eric Piolle, EELV) n’y sont pas étrangers », analyse Martine Manhes, conseillère en immobilier. « Le fait de vouloir chasser la voiture du centre-ville et d’avoir annulé ou réduit des projets de construction a pu dissuader certains de rester vivre à Grenoble. Ou même d’y venir. Clairement, les investisseurs ne se bousculent pas », poursuit-elle.

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Autre raison : la délinquance et la criminalité. « Avoir une ville qui n’est plus très sécurisée a fait fuir les gens », avance Martine Manhes. « En 2010, avant les émeutes de la Villeneuve, on vendait en moyenne 24 logements par an dans ce quartier. En 2011, deux seulement ont été vendus et aucun en 2012 », confirme Fabien Caminotti. Et de citer un autre exemple : « Après l’incendie volontaire de la gendarmerie, on a constaté que des transactions de 220.000 euros qui étaient en attente, avaient tout simplement disparu. Elles ont été retirées…»

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Aucune plus-value depuis 2012

Selon l’agent, la réalisation de vastes ensembles immobiliers, érigés sous les autres municipalités, a également déréglé le marché. « Dans des quartiers comme Vigny Musset, on a beaucoup construit de logements neuf en TVA 5,5 %. Par conséquent : des appartements des années 60 situés au quatrième étage sans ascenseur et sans aucune isolation extérieure, ne se sont plus vendus ».

« Quand les prix se sont effondrés, la baisse s’est répercutée dans les autres quartiers ». Et aujourd’hui, la situation reste très tendue. « Depuis 2012, je n’ai aucun client qui a gagné d’argent sur la revente de son appartement. Certains ont même perdu 50.000 à 60.000 euros par rapport au prix d’achat », révèle Fabien Caminotti. « Un appartement acheté 215.000 euros en 2010 se revendait 165.000 euros, cinq ans plus tard », confirme Martine Manhes.

« Si le marché ne s’est pas totalement effondré, c’est notamment parce que Grenoble est une ville étudiante », poursuit-elle. « Plutôt que de payer des loyers, les parents préfèrent investir et acheter un bien, qu’il loue ensuite après la fin des études de leurs enfants. Cela sauve le marché ».

Des villes périphériques plus chères… mais plus attractives

Quand aux autres investisseurs, ils migrent vers les communes périphériques, où le prix au mètre carré est pourtant plus cher que dans le centre de Grenoble. « La Tronche, Meylan, Seyssin ou Saint-Martin d’Uriage sont des communes bien plus recherchées que Grenoble même si le prix peut atteindre 3.300 euros le mètre carré dans certains secteurs », précise Thomas Lefèbvre.

« A Saint-Egrève par exemple, les logements ont poussé comme des champignons ces dernières années. La ville est désormais desservie par le tram. Résultat : les biens se vendent facilement, même au prix de 4.000 euros le mètre carré dans le neuf. Car cela reste des prix qui ne sont pas encore dans la fourchette haute de gamme », conclut Martine Manhes.