Prêtre pédophile à Saint-Etienne: Ce qu'il faut savoir sur cette nouvelle affaire

PÉDOPHILIE DANS L'EGLISE « 20 Minutes », qui a révélé l’affaire mardi, vous explique ce qu’il faut retenir de ce scandale qui touche le diocèse de Saint-Etienne

Elisa Frisullo

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Avril 2017, à la Talaudière (Loire). Le père Régis Peyrard a exercé dans cette paroisse dans les années 80. Lancer le diaporama

Avril 2017, à la Talaudière (Loire). Le père Régis Peyrard a exercé dans cette paroisse dans les années 80. — E. Frisullo / 20 Minutes

L’affaire, passée sous silence pendant plus de trente ans, a refait surface mardi suite aux témoignages de trois victimes qui se sont confiées à 20 Minutes. Suite à ces révélations, le diocèse de Saint-Etienne (Loire) s'est expliqué sur cette affaire et a confirmé ce 4 juillet que le curé, Régis Peyrard, visé par des accusations d’agressions sexuelles sur mineurs perpétrées dans les années 80, reconnaissait les faits. 20 Minutes fait le point sur ce nouveau scandale pédophile.

  • Quels sont les faits reprochés à l’homme d’Eglise ?

Les victimes, qui se sont rencontrées grâce au site coabuse.fr, reprochent au Père Régis Peyrard, aujourd’hui âgé de 84 ans, de les avoir abusés alors qu’ils étaient préadolescents, dans des contextes différents. Pour Jean-François, 49 ans, les attouchements se seraient produits au sein de l’aumônerie de la Talaudière, une paroisse où le prêtre est resté une dizaine d’années dans les années 80. Paul, 45 ans, aurait été agressé quelques années plus tard, alors que le curé venait d’être muté à la paroisse de Saint-Just Saint-Rambert. Il était alors âgé de 12 ans et était allé rendre visite au curé en compagnie de l’un de ses copains, également agressé sexuellement ce jour-là.

La Talaudière (Loire), en avril 2017. Jean-François, l'une des victimes présumées du père Peyrard retourne pour la première fois aux abords de la paroisse où il confie avoir été abusé dans les années 80.
La Talaudière (Loire), en avril 2017. Jean-François, l'une des victimes présumées du père Peyrard retourne pour la première fois aux abords de la paroisse où il confie avoir été abusé dans les années 80. - E. Frisullo / 20 Minutes

 

Les faits dont Jeanne accuse l’homme d’Eglise auraient en revanche eu lieu dans la sphère familiale. Le père Régis Peyrard, un cousin de la famille, a marié ses parents. « Il venait toujours à la maison », se souvient la quadragénaire, dont le petit frère, âgé de 36 ans aujourd’hui et très marqué par cette affaire, aurait été agressé sexuellement et violé par le curé. Les faits se seraient produits au domicile des parents de l’enfant mais également dans un chalet de Savoie, à Pesey-Nancroix, où le prêtre emmenait des jeunes en difficulté en colonie de vacances.

>> Retrouvez les témoignages des victimes présumées par ici.

  • Qui est ce prêtre ?

Régis Peyrard exerce dans le diocèse de Saint-Etienne depuis les années soixante. Il est resté une dizaine d’années à la paroisse de la Talaudière, puis plusieurs années à Saint-Just-Saint-Rambert. Il a ensuite été curé au sein de la paroisse de Sainte-Thérèse du-Rond-Point jusqu’en 2000, a précisé mardi le diocèse de Saint-Etienne. Ce prêtre, décrit par les victimes comme un curé « très charismatique, très apprécié des familles », est un « homme d’une grande culture », selon l’évêque de Saint-Etienne Sylvain Bataille. L’octogénaire, qui a un temps dirigé le service des pèlerinages du diocèse, a organisé et accompagné plusieurs pèlerinages en terre sainte et à Lourdes, ces dernières décennies.

  • L’Eglise était-elle au courant des agressions sexuelles reprochées au prêtre ?

A trois reprises, des victimes se sont manifestées et à chaque fois les faits ont été signalés à la justice, assure le diocèse. Les signalements ont eu lieu en 2000 et en 2014. « Aucun fait n’a été porté à notre connaissance avant », assure l’évêque de Saint-Etienne. A l’époque toutefois, l’Eglise n’a pas jugé nécessaire d’alerter les fidèles des paroisses dans lesquelles le curé a exercé.

Dès la première alerte, des mesures internes à l’église ont été prises selon Sylvain Bataille. Pour éviter tout contact entre Régis Peyrard et des enfants, l’homme a été prié d’aller vivre dans une maison de retraite où il accompagne depuis des personnes âgées. En 2013 encore, lors d’un pèlerinage à Lourdes auquel participait notamment une soixantaine de lycéens stéphanois, le prêtre faisait pourtant partie des accompagnateurs. « Lors des pèlerinages, les adolescents ont un fonctionnement à part. Il n’a jamais été dans un groupe qui s’occupait des jeunes », précise Sylvain Bataille, interrogé sur ce pèlerinage.

Saint-Etienne, le 4 juillet 2017. L'év^que de Saint-Etienne Sylvain Bataille lors de la conférence de presse consacrée aux faits d'agressions sexuelles sur mineurs reprochés à un curé du diocèse Régis Peyrard.
Saint-Etienne, le 4 juillet 2017. L'év^que de Saint-Etienne Sylvain Bataille lors de la conférence de presse consacrée aux faits d'agressions sexuelles sur mineurs reprochés à un curé du diocèse Régis Peyrard. - E. Frisullo/ 20 Minutes

 

  • Que reconnaît l’homme d’Eglise ?

Selon l’évêque, qui, depuis son arrivée dans le diocèse en 2016, a rencontré le père Peyrard à trois reprises puis, mardi, suite à la révélation de l’affaire, l’homme reconnaît les faits. Mais il n’est pas en mesure de dire combien de personnes pourraient avoir subi ses assauts. Il mesure la gravité de ses actes, « mais présente des difficultés de mémoire par rapport à ces faits-là », selon Sylvain Bataille, qui comme Jean-François, Paul et Jeanne, s’inquiète du nombre d’autres victimes potentielles. « C’est une question qui m’affecte en profondeur. On se demande combien de personnes ont pu être touchées », ajoute Monseigneur Bataille.

>> A lire aussi : Pédophilie dans l’église: Le prêtre mis en cause «reconnaît les faits», selon l’évêque de Saint-Etienne

  • Que risque Régis Peyrard sur le plan judiciaire ?

En matière d’agression sexuelle, les victimes ont jusquà leur 38 ans pour porter plainte. Les cas qui ressurgissent aujourd’hui concernent des faits présumés perpétrés il y a une trentaine d’années. Ils sont donc couverts par la prescription. Le parquet de Saint-Etienne, qui, selon le diocèse, a été alerté en 2000, en 2014 et au printemps 2017 par des victimes et l’Eglise, n’a engagé aucune procédure à l’encontre du curé. « Les faits, très anciens, sont prescrits », avait indiqué mi-juin à 20 Minutes une source judiciaire. En revanche, si d’autres victimes potentielles non prescrites venaient à se faire connaître, le prêtre pourrait avoir à répondre de ces agissements devant la justice.

  • Quelles sont les similitudes avec l’affaire Preynat ?

Le nouveau scandale présente des similitudes avec l’affaire Preynat, qui a ébranlé l’Eglise en 2016 suite aux révélations de l’association lyonnaise La Parole Libérée. Les faits reprochés se sont produits dans deux diocèses différents mais dans la même région et sur la même période.

Comme le père Preynat, Régis Peyrard était aussi un prêtre très charismatique, apprécié des fidèles. Il entrait dans les familles pratiquantes, y avait sa place, se souviennent les victimes. Ce qui explique sans doute en partie que comme, pour l’affaire lyonnaise, lorsque les enfants ont dénoncé le curé à leurs parents, leur parole n’a pas été entendue. « Ce n’était pas entendable, on ne m’a pas cru. La profondeur de ma plaie vient de là », confiait Jean-François à 20 Minutes.