Les principaux affrontements ont eu lieu environ une demi-heure avant le coup d'envoi programmé, jeudi au Parc OL.
Les principaux affrontements ont eu lieu environ une demi-heure avant le coup d'envoi programmé, jeudi au Parc OL. - PHILIPPE DESMAZES / AFP

« Une marée humaine incontrôlable. » C’est ainsi que Jean-Michel Aulas a décrit jeudi les hallucinants débordements liés à la présence de plus de 20.000 supporters du Besiktas Istanbul au Parc OL, pour le quart de finale aller de Ligue Europa. S’il a tenu à rappeler qu’il n’y avait « pas de blessés graves », ces scènes de violence ont totalement éclipsé le succès (2-1) de son équipe. Surtout dans une sombre semaine pour le football, encore sous le choc des explosions visant le bus du Borussia Dortmund.

Les supporters turcs sont-ils les seuls coupables ?

OK, c’est bien le camp turc qui s’en est violemment pris à la boutique du club et qui a surtout jeté « des engins pyrotechniques ayant brûlé nos supporters et ayant engendré un mouvement de panique », comme le rappelle Jean-Michel Aulas. Il était alors environ 20h30 lorsque des centaines de Lyonnais situés dans le virage sud ont foncé sur la pelouse pour fuir les bombes agricoles et pétards lancés par les fans du Besiktas situés au-dessus d’eux.

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Plus de 300 caméras vont permettre d’établir les torts entre les deux camps. Car de nombreux Lyonnais, remontés comme jamais avant un choc européen, avaient vraiment envie d’en découdre avec leurs adversaires du soir, que ce soit dès la fin d’après-midi aux abords du stade, ou avant le match au virage sud.

Cette situation a-t-elle été mal anticipée par le club ?

Anthony Lopes s’est fendu d’un tacle à peine masqué, et qui en dit long, après une rencontre ayant dû démarrer à 21h50 au lieu de 21h05. « Qu’il y ait plus de 20.000 supporters adverses dans notre stade, c’est quelque chose d’incompréhensible, a confié le gardien lyonnais. C’était quasiment obligatoire dans ces conditions qu’il y ait des débordements. » Comprendre que les failles d’anticipation de l’OL semblent indéniables, tant au niveau de la billetterie que pour la sécurité des lieux.​​

Si JMA a eu le mérite de passer la première mi-temps dans le virage sud, sa justification ne tient pas totalement la route. « Il y a eu de nombreuses anomalies qui ne sont pas dues à l’OL, insiste le président lyonnais. On a vu arriver plus de 2.000 supporters de l’étranger [surtout d’Allemagne] n’ayant pas de billets mais qui ont pu entrer avec la complicité d’autres supporters résidant en France. » « Malgré six compagnies de CRS et 1.500 stadiers, cette attaque préméditée et organisée n’était pas contrôlable. » Comme un clin d’œil aux allures de désaveu après avoir cherché à assurer que ce match périlleux était « sous contrôle », il y a un mois sur Twitter.

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Comment ont réagi les joueurs de l’OL dans le vestiaire ?

Le report de 45 minutes du quart de finale aller de Ligue Europa a placé l’équipe lyonnaise dans une situation hors du commun jeudi. « On a vite pris des nouvelles de nos proches présents au stade. On ne savait pas ce qu’il se passait donc on était sur les réseaux sociaux. Psychologiquement, nous avons été touchés par tout ce qui s’est passé », précise Corentin Tolisso pour tenter d’expliquer la première mi-temps manquée des siens (0-1). « On ne savait pas quand on allait pouvoir commencer le match, complète son partenaireLucas Tousart. Ça nous a un peu pénalisés car on a longtemps attendu et on s’est refroidi. »

Ce match aurait-il pu être annulé ?

Lorsqu’on a vu la pelouse complètement envahie de Lyonnais n’ayant aucune envie de retrouver leur virage, on ne misait guère sur un « simple » report de 45 minutes. L’OL aurait alors été très très mal, et nous ne sommes pas les seuls à y avoir pensé. « On a eu peur que le match soit carrément annulé », reconnaît Corentin Tolisso. Un scénario qui était même « à deux doigts d’arriver » pour JMA.

L’OL s’inquiète-t-il pour le match retour ?

La Turquie ne réussit décidément guère à l’OL cette saison. Personne au club n’a oublié le précédent voyage dans le cadre de sa préparation en juillet 2016. Un coup d’Etat avait alors empêché la bande à Alexandre Lacazette d’affronter Fenerbahçe en match amical. Crucial pour le chef de l’Etat Recep Tayyip Erdogan, le référendum de dimanche.apporte un nouveau contexte politique pesant en vue du quart de finale retour. Et ce même si le déplacement des supporters lyonnais a été interdit pour jeudi prochain.

Des échauffourées ont déjà éclaté aux abords du Parc OL, jeudi en fin d'après-midi.
Des échauffourées ont déjà éclaté aux abords du Parc OL, jeudi en fin d'après-midi. - Laurent Cipriani/AP/SIPA

« Ça serait vraiment injuste de renouveler cette expérience au retour, lâche Jean-Michel Aulas. Se pose donc la question du lieu du match. Je ne sais pas s’il faut jouer à huis clos ou ailleurs mais ce serait très dangereux pour nous d’affronter cette équipe avec les mêmes supporters que ce soir. » Une crainte que ne partagent pas vraiment ses joueurs. « L’ambiance à la Roma est la meilleure que j’ai connue jusque-là, indique Corentin Tolisso. Je pense que ça va être autre chose encore en Turquie. C’est pour ce genre de matchs qu’on joue au football. » A condition qu’il y ait une demi-finale européenne à la clé.

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