Un employé surveille la fermentation de la bière dans une brasserie le 19 février 2014 (illustration)
Un employé surveille la fermentation de la bière dans une brasserie le 19 février 2014 (illustration) - Georges Gobet AFP

Une trentaine de brasseries indépendantes dans les années 70, plus d’un millier aujourd’hui. Presque aussi nombreuses que les cafés de village au début du vingtième siècle, les petites brasseries ont fini par péricliter, ne faisant plus le poids face aux grosses unités de production.

Il a fallu attendre le début des années 90 pour voir à nouveau émerger des producteurs de bières locales. Et attendre les années 2010 pour que le marché explose. La bière est devenue l’une des boissons les plus en vue, surtout de la part de consommateurs recherchant une saveur du « terroir ». Mais pas seulement en France, dans le monde entier également.

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Conséquence inattendue de cet engouement : l’orge brassicole et le houblon sont devenus rares et les brasseurs artisanaux ont de plus en plus de difficultés à se fournir. Car la production ne parvient plus à suivre la demande. La plupart des 160 brasseurs indépendants de la région Auvergne-Rhône-Alpes sont obligés de s’approvisionner à l’étranger, principalement aux Etats-Unis. Mais là encore, la situation est tendue.

Pénurie de houblons

« Il y a une pénurie sur certaines variétés, explique David Hubert, le directeur du Ninkasi Fabriques. Par exemple, nous utilisons l’amarillo mais elle n’existe quasiment plus. Nous ne sommes alors tournés vers une autre variété, sachant que dans deux ans, il n’y en aura certainement plus. Cela nous oblige à choisir d’autres houblons, à les tester et attendre ensuite un an pour les réserver. Cela nous pousse à prévoir notre production trois ans à l’avance. Ce qui n’est pas évident ».

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Le prix à payer est aussi conséquent. Certains brasseurs paient trop fois plus cher pour s’approvisionner aux Etats-Unis et avoir la qualité ou les arômes qu’ils recherchent. Alors la solution envisagée est de mettre en place des filières locales de houblon pour alimenter les circuits courts. C’est ce qui s’est passé en Auvergne-Rhône-Alpes.

Emmanuel Feraa, basé dans la Drôme, cultive désormais un demi-hectare pour le Ninkasi et la brasserie du Mont-Blanc. Du bio. La première récolte devrait être prête en septembre.

« Le prix de base (27 euros le kilo) est plus élevé mais le fait de ne pas passer par une coopérative ou un intermédiaire réduit considérablement le coût. Au final, c’est quasiment la même chose que de s’approvisionner aux Etats-Unis », affirme David Hubert. Le rendement devrait donner 600 kilos de houblon, ce qui permettra de fabriquer 200.000 litres de bière, soit le cinquième de la production annuelle du Ninkasi.

La quête du Graal

« Le Graal serait un jour d’avoir notre propre variété en Rhône-Alpes », poursuit le brasseur, conscient qu’il y a « encore du chemin à faire ». Pour cela, il faut trouver des terres propices à la culture du houblon et surtout des volontaires.

Selon les estimations de l’association Auvergne-Rhône-Alpes Gourmand, cité par Rue89Lyon qui organise ce week-end le Lyon Bière Festival, il faudrait récolter au moins dix tonnes de houblons, soit douze à quatorze hectares de culture, pour couvrir l’ensemble des besoins de brasseurs artisanaux de la région.

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