Quais du Polar: Andrée Michaud rafle le prix des lecteurs «20 Minutes»

LITTERATURE La Québecoise, couronnée de succès dans son pays mais mystérieusement inconnue en France, est la première femme à remporter le prix, grâce à son dixième roman Bondrée...

Caroline Girardon

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La Québécoise Andrée Michaud remporte la 13e édition du prix Quais du Polar/20 Minutes.

La Québécoise Andrée Michaud remporte la 13e édition du prix Quais du Polar/20 Minutes. — Marianne Deschênes

Il aura fallu attendre douze ans pour qu’une femme remporte le prix Quais du Polar/20 Minutes, récompensant l’auteur du meilleur polar francophone de l’année. C’est désormais chose faite. La Québécoise Andrée Michaud sera couronnée samedi après-midi pour son brillantissime Bondrée (édition Rivages). Un bijou… Un diamant noir.

L’histoire débute à l’été 1967. Lucy in the Sky with Diamonds résonne dans les postes de radio. A Boundary/Bondrée, sorte de no man’s land qui marque la frontière entre le Maine et de Québec, un village coincé entre le lac du même nom et les forets environnantes, trois adolescentes tuent le temps, rêvant du Summer of love. C’est le temps de l’indolence.

La fin de l’indolence

Zaza, Sissy et Frenchie, jeunes filles insolentes et aguichantes pour certains, fascinent la petite Andrée, fillette de douze ans, rêvant secrètement d’appartenir à leur cercle. Mais bientôt le drame s’abat sur le village et les rires d’insouciance cessent.

Zaza est retrouvée morte, la jambe sectionnée par un piège. Puis vient le tour de Sissy. La psychose gagne du terrain. Qui peut bien en vouloir à ces adolescentes désinvoltes et écervelées, ces adolescentes « destinées à devenir des bitches et des vieilles bitches » ? L’ombre de Pete Landry, trappeur décédé, hante encore les esprits de la forêt.

Une ambiance pesante et envoûtante

Les premiers chapitres du roman immergent rapidement le lecteur dans une ambiance pesante, angoissante… envoûtante. Au travers d’une écriture raffinée, Andrée Michaud joue avec la langue, truffe son récit d’expressions anglaises prêtant à sourire. Le style fait mouche.

Le lecteur captivé, est transporté sur les rives du lac, propulsé sur les pontons de bois au crépuscule, pour observer de loin ce qui se trame au sein de la petite communauté. Plongé dans la psychologie des différents personnages, qui narrent le récit chacun à leur tour, il se trouve lui aussi enfermé dans ce huis clos, pris au piège par l’auteure. Il suit la petite Andrée, qui raconte l’histoire à la première personne et Michaud, flic épuisé, chargé de mener l’enquête qui semble lui échapper.

Examens de conscience

L’essentiel n’est finalement pas de savoir qui a tué les adolescentes. Il est ailleurs. La mort des deux jeunes filles provoque en chacun des protagonistes une remise en cause. « Alors on leur en voulait presque d’être mortes et de provoquer ces examens de conscience où on prenait la mesure de sa banalité et de sa mesquinerie, de l’aisance avec laquelle on parvenait à juger et à condamner sans d’abord se regarder bien en face dans le miroir », glisse la petite Andrée.

A la fin du récit, une seule question subsiste néanmoins : comment Andrée Michaud, qui signe là son dixième roman et qui est couverte d’éloges dans son pays, a mis autant de temps à traverser l’Atlantique ?