Pédophilie: «Stop» écrit dans le ciel lyonnais contre la prescription des crimes sexuels

MOBILISATION Cette opération est destinée à demander la révision des délais de prescription des crimes et délits sexuels sur mineurs...

Elisa Frisullo

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Le message "Stop" a été écrit ce 3 mars 2017 dans le ciel lyonnais à l’initiative d'associations mobilisées pour la révision des délais de prescription des crimes et délits sexuels sur mineurs.

Le message "Stop" a été écrit ce 3 mars 2017 dans le ciel lyonnais à l’initiative d'associations mobilisées pour la révision des délais de prescription des crimes et délits sexuels sur mineurs. — E. Frisullo / 20 Minutes

Si le message a été diffusé à Lyon, juste aux abords de Fourvière, ce n’est pas un hasard. Mais plutôt un symbole pour les associations fédérées autour de l’opération Le Ruban vert pomme, la ville et la colline qui prie ayant été le théâtre ces derniers mois d’un des plus gros scandales pédophiles touchant l’église.

Ce jeudi, à l’heure du déjeuner, le public a découvert, en levant les yeux, l’inscription « Stop » s’inscrire dans le ciel lyonnais. Un message écrit par la société Oui-up à la demande de seize associations de protection de l’enfance et de victimes de pédophilie fédérées autour du « ruban vert pomme ».

Peser dans la campagne présidentielle

Initiée depuis Lyon il y a dix jours pour peser dans la campagne présidentielle, cette action s’est traduite par le lancement d’un bracelet vert pour réclamer l’évolution des délais de prescription des crimes pédophiles.

« L’objectif est de sensibiliser les citoyens et d’interpeller les acteurs politiques – jusqu’à présent très silencieux à ce sujet – quant à la nécessité de réviser les délais de prescription des crimes et délits sexuels sur mineurs de moins de quinze ans », indiquent les associations mobilisées. Parmi elles, figurent La Parole Libérée, l’Association d’aide aux enfants victimes de pédophilie, Enfance et partage, Innocence en danger ou encore Stop aux Violences sexuelles.

La campagne, relayée sur les réseaux sociaux, a déjà été soutenue par plusieurs personnalités, à l’instar de la danseuse et comédienne Andréa Bescond, Laurent Boyet, capitaine de police et écrivain, Flavie Flament et plusieurs journalistes.

En s’unissant ainsi pour faire évoluer le débat sur la prescription, les associations souhaitent donner vie « à un mouvement citoyen autour de la protection de l’innocence des enfants ». Chacun est donc invité, « sans nécessité d’aucune appartenance », à distribuer ou porter le ruban vert en bracelet ou en boutonnière, « à expliquer sa signification et à relayer les actions des associations engagées ».

Plusieurs tentatives ces dernières années pour faire évoluer la loi

Les crimes sexuels sur mineurs bénéficient de délais de prescription allongés : les victimes peuvent porter plainte jusqu’à 20 ans après leur majorité, soit 38 ans. Mais beaucoup d’entre elles et de spécialistes plaident pour un nouvel allongement des délais de prescription en raison d’amnésies post-traumatiques qui empêchent souvent les victimes de parler pendant longtemps.

Malgré plusieurs tentatives ces dernières années, le Parlement n’a plus bougé sur la question, y compris lors de la dernière réforme de la prescription pénale adoptée mi-février.

Parmi les actions menées en France ces derniers mois autour de la prescription, Andréa Bescond, auteure et interprète de Les chatouilles ou la danse de la colère, une pièce racontant avec humour la vie d’une petite fille violée par un ami de la famille, a lancé en janvier une campagne de mobilisation sur les réseaux sociaux.

De nombreuses personnes, anonymes et célébrités, ont relevé le défi en envoyant leur photo au sénat pour sensibiliser les sénateurs et sénatrices « sur l’importance de supprimer ou, au moins, de prolonger, le délai de prescription actuellement en vigueur ».

Les agressions sexuelles sur mineurs sont imprescriptibles en Suisse ou au Royaume-Uni. La Californie a voté de son côté l’imprescriptibilité des viols après l’affaire Bill Cosby.