Abus sexuels: Les victimes d'un même agresseur se retrouvent sur «Match»

AIDE AUX VICTIMES En neuf mois, plus de 380 signalements ont été faits des quatre coins de la France sur le site créé par «La Parole Libérée»...

Elisa Frisullo

— 

La plateforme Match, créée à Lyon, permet aux victimes d'abus sexuels de retrouver des coabusés. Illustration.

La plateforme Match, créée à Lyon, permet aux victimes d'abus sexuels de retrouver des coabusés. Illustration. — Pavel Golovkin/AP/SIPA

Deux « matchs » enregistrés en quelques heures le week-end dernier, Franck Favre a de quoi avoir le sentiment du devoir accompli. Depuis mai 2016, ce quinquagénaire, webmaster de La Parole Libérée, l’association lyonnaise qui a déterré l’affaire Preynat, passe le plus clair de son temps libre à scruter les signalements faits sur Match, « première plateforme de recherche de coabusés ». Un outil créé sur le site des victimes du prêtre pédophile du diocèse de Lyon.

« Très vite, lorsque nous avons fait ressurgir du passél’affaire Preynat, nous nous sommes dit qu’il nous fallait un outil pour retrouver et contacter toutes les victimes du curé », explique le webmaster qui a planché dur pour donner vie à Match. Derrière cet outil, une seule volonté anime les anciens scouts de Saint-Foy-les-Lyon qui ont subi les assauts pervers de Bernard Preynat : Permettre aux victimes d’abus sexuels, quels qu’ils soient et peu importe la sphère dans laquelle ils ont été perpétrés, de témoigner et de retrouver d’autres personnes qui ont été abusées par le même agresseur.

>> A lire aussi : Le procès canonique du père Preynat, accusé de pédophilie, a commencé

Les victimes comprennent qu’elles ne sont pas seules

« C’est très réconfortant pour les personnes abusées de savoir qu’elles ne sont pas seules », ajoute Franck Favre. Lorsqu’après des années d’amnésie traumatique, la mémoire des agressions revient violemment aux victimes, le fait de savoir que d’autres ont subi les mêmes choses est capital pour elles. « En rencontrant des coabusés, les personnes qui avaient encore un petit doute sur ce qu’elles ont vécu, ont la certitude qu’elles n’ont rien inventé. C’est très libératoire », ajoute le créateur de la plateforme.

Les statistiques de Match, première plateforme de recherche de coabusés.
Les statistiques de Match, première plateforme de recherche de coabusés. - capture d'écran du site La Parole Libéréee

 

En neuf mois, 387 signalements ont été faits des quatre coins de la France par des victimes sur le site, « comme une ultime bouteille à la mer lancée avec le mince espoir de voir qu’elles n’étaient pas seules », ajoute Franck Favre, le seul membre de l’association à avoir accès aux informations données par les victimes. Une confidentialité totale indispensable pour favoriser la libération de la parole en toute tranquillité.

Huit « matchs » recensés depuis mai

Une fois collectées, les informations sont analysées par le webmaster qui compare les noms des agresseurs présumés, donnés par les victimes dans plus de 80 % des cas, puis les lieux et dates auxquelles les faits dénoncés se sont produits. Suite aux nombreux signalements, huit « matchs » ont été recensés par La Parole Libérée, dont deux le week-end dernier impliquant des prêtres. « Quatre de ces cas sont des matchs confirmés. Cela signifie que les coabusés qui se sont retrouvés grâce au site m’ont confirmé qu’il s’agissait bien du même agresseur. »

>> A lire aussi : Prêtre soupçonné de pédophile: Comment les victimes ont réussi à faire éclater le scandale?

Dans 15 % des cas signalés, les accusés sont décédés. Et 18 % des actes dénoncés concernent des faits non prescrits. Les « matchs » pourraient donc donner lieu, si les victimes le souhaitent, à des procédures judiciaires à l’encontre de leurs bourreaux. « Après les matchs, je n’interviens plus. Les personnes qui se sont retrouvées ne sont pas obligées de me tenir au courant de la suite », confie le webmaster.

Mais lorsqu’elles le font, le combat pour la vérité mené par La Parole Libérée prend tout son sens. « L’une des victimes m’a récemment dit qu’avoir retrouvé une coabusée était un grand réconfort pour elle. Que cela allait changer la fin de sa vie », ajoute Franck Favre.