Attentat en Isère: Un an après, les proches d'Hervé Cornara refusent l'oubli

TERRORISME Un hommage sera rendu dimanche à Fontaines-sur-Saône au chef d'entreprise, décapité en juin 2015 en Isère...

Elisa Frisullo

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La femme et le fils d'Hervé Cornara, décapité en juin 2015 en Isère, lors d'une marche ne hommage à ce chef d'entreprise de 54 ans.

La femme et le fils d'Hervé Cornara, décapité en juin 2015 en Isère, lors d'une marche ne hommage à ce chef d'entreprise de 54 ans. — P. Desmazes/ AFP

C’est une cérémonie qu’ils attendent. Un moment indispensable, selon eux, pour ne jamais oublier. Mais c’est aussi un instant qu’ils redoutent et les replonge dans l’horreur qui les a frappés le 26 juin 2015.

Dimanche, un an après l’attentat survenu au sein de l’usine Air Products de Saint-Quentin-Fallavier, en Isère, un hommage sera rendu à Fontaines-sur-Saône à Hervé Cornara tué et décapité ce jour-là par l’un de ses employés radicalisé Yassin Salhi, qui s’est suicidé en prison le 22 décembre.

« Qu’il soit reconnu comme une victime du terrorisme était important »

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve sera présent à la cérémonie pour remettre la Légion d’honneur, à titre posthume, à ce chef d’entreprise de 54 ans installé depuis des années dans cette commune du Val-de-Saône. La place du quartier où il habitait sera également rebaptisée à son nom.

« Cela ne le ramènera pas. Mais le fait qu’il soit reconnu comme une victime du terrorisme était important pour son épouse et son fils », confie Nicolas, le neveu d’Hervé Cornara, qui a nourri ces derniers mois le sentiment que sa famille a été « oubliée » par l’Etat.

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« La première décapitation sur le sol français »

En janvier, l’épouse d’Hervé s’était émue que son défunt mari ne figure pas dans la promotion 2016 de la légion d’honneur, au même titre que les victimes des attentats de Paris et les héros du « Thalys ». « On s’est demandé pourquoi et on a eu l’impression qu’on essayait de ne pas alerter l’opinion publique sur le fait qu’il s’agissait d’un acte terroriste. C’était sans doute pour ne pas faire monter la pression qui était déjà installée dans le pays, mais du coup on s’est senti mis de côté», ajoute Nicolas. «Cela a quand même été la première décapitation sur le sol français», rappelle Emmanuelle, la belle-sœur d’Hervé, dont les sentiments oscillent entre colère, injustice et incompréhension.

« Quand une chose comme ça arrive, on ne peut pas y croire. A chaque attentat, on revit cette horreur et on se met à la place des victimes », ajoute Emmanuelle, qui vit désormais tout près de chez sa sœur, Laurence, l’épouse d’Hervé, qui a quitté Fontaines. « Ce n’était plus vivable, tout le monde les connaissait, leur parlait de ce qui était arrivé. Laurence ne voulait pas se retrouver dans l’appartement où ils avaient toujours vécu ensemble. Ils avaient besoin de changement, d’essayer de tourner la page. Mais on y arrivera jamais », confie Nicolas.

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Des questions sans réponse

Après l’attentat, l’épouse et le fils d’Hervé ont repris les rênes de l’entreprise de transport qu’il avait créé. « Ils se sont mis à fond dans le boulot. Laurence tient parce que, comme elle dit, elle n’a pas le choix. Mais c’est très difficile », ajoute Emmanuelle, toujours taraudée, un an après ce drame, par des questions restées sans réponse. Car en se suicidant, Yassin Salhi, qui a contesté en garde à vue toute motivation religieuse avant de se murer dans le silence, a emporté avec lui une partie de la vérité.

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Pour cette famille meurtrie, l’impossibilité de voir l’affaire jugée a été vécue comme une épreuve supplémentaire. « Il y a des preuves et des faits avérés. Le caractère terroriste a clairement été établi », ajoute Nicolas.

« Mais on voulait une confrontation et une condamnation. Cela nous aurait peut-être un peu apaisés. On se demande pourquoi il s’en est pris à Hervé qui lui avait donné sa chance dans l’entreprise, comment il en est arrivé à tuer dans ces conditions, ajoute Emmanuelle, qui sera évidemment auprès des siens, dimanche. Avant cela, nous étions une famille unie. Tout cela nous a encore plus rapprochés. Il n’a pas réussi à casser ça ».