Villeurbanne: Des ados autistes lancent leur journal pour s'ouvrir sur le monde

SOCIAL Depuis novembre, le Sessad de Villeurbanne propose à certains jeunes qu’il accompagne de jouer aux apprentis journalistes…

Elisa Frisullo

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Au Sessad de Villeurbanne, de jeunes autistes réalisent leur propre journal. Une initiative prise par les éducateurs pour les ouvrir sur le monde qui les entoure.

Au Sessad de Villeurbanne, de jeunes autistes réalisent leur propre journal. Une initiative prise par les éducateurs pour les ouvrir sur le monde qui les entoure. — E. Frisullo / 20 Minutes

« Pour le premier numéro, j’ai voulu écrire sur les attentats parce que ça a brisé le cœur de tout le monde », confie Rayyan. Depuis le mois de novembre, cet adolescent de 15 ans, atteint d’autisme, participe chaque semaine au groupe « journal » mis en place par le Service d’éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad) Emile-Zola à Villeurbanne.

Une initiative prise par les éducateurs du centre pour sortir ces jeunes de leur bulle quotidienne en les ouvrant davantage sur leur quartier, leur ville, et leur faire découvrir de nouveaux centres d’intérêt.

« Cela plaît beaucoup aux parents, qui, à travers ce journal, peuvent suivre la vie de leur enfant au sein du Sessad. Pour les adolescents, faire un journal permet de leur faire découvrir d’autres choses qui se passent autour d’eux, de leur faire partager des idées, des centres d’intérêt, d’être en interaction avec les autres et de leur apprendre à donner leur avis, ce qui n’est pas forcément évident pour eux », souligne Diane, l’une des éducatrices en charge du projet.

Les aider « à sortir ce qu’ils ont sur le cœur »

Chaque mercredi, la petite équipe d’apprentis journalistes, se retrouve dans l’une des pièces du Sessad improvisée en salle de rédaction, pour échanger sur les sujets qui figureront dans le prochain numéro du trimestriel. « On s’adapte à leurs centres d’intérêt. Ils parlent évidemment beaucoup de leurs passions, mais cela arrive, comme lors des attentats, qu’ils aient envie de discuter de l’actualité. Nous en discutons alors tous ensemble. Ce projet les aide à sortir ce qu’ils ont sur le cœur », ajoute Corinne, éducatrice.

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Pour remplir leur canard, les ados, suivis à l’année par les éducateurs du Sessad, réalisent des interviews et partent en reportage. Ils sont ainsi allés au Pôle Pixel, à Villeurbanne, où est notamment tournée la série Kamelott, pour interroger le directeur. Ils se sont également rendus sur les pentes de la Croix-Rousse pour découvrir des œuvres de street-art et ont réalisé un reportage avec les graffeurs de La Coulure à Villeurbanne. « Nous préparons les interviews en amont car, pour eux, il est difficile d’improviser, même si certains y arrivent », ajoute Corinne.

Autos, foot et jeux vidéo…

Lorsqu’il s’agit de jouer les journalistes, Raphaël semble, comme Ryyan, beaucoup se plaire dans le rôle de l’intervieweur. Surtout si le sujet tourne autour du foot et de son équipe favorite, l’OL, dont il conserve en permanence l’écharpe nouée autour du cou. « Dans le prochain journal, je vais parler du Parc Olympique Lyonnais et de l’Euro 2016 », explique le garçon, qui espère bien avoir la chance de découvrir prochainement le nouveau stade des Lumières.

« Ce qui me plaît en faisant ce journal, c’est de pouvoir partager ce que j’aime avec d’autres gens que mes amis », raconte Kenny, l’un des ados du groupe. Comme Rayyan et Lucas, ses précédents articles tournent beaucoup autour des jeux vidéo. Edouard, 12 ans, écrit sur les grosses cylindrées qui le font rêver, comme la Chevrolet Camaro. « Il connaît tout dans le moindre détail : les modèles, la consommation, les prix », s’amuse Diane, l’éducatrice.

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Emma, 15 ans, scolarisée, comme ses copains du Sessad, en collège ordinaire, s’intéresse, à l’instar des autres filles de son âge, à la mode et aux youtubeurs, comme Cyprien et EnjoyPhoenix. Mais la jeune fille n’a pas encore été atteinte par la passion du journalisme. « Je crois que je ne suis pas faite pour ça », confie l’adolescente, qui, entre les rubriques autos et jeux vidéo, essayera tout de même d’apporter sa touche féminine dans le prochain numéro distribué à une centaine d’exemplaires.