Kilian Jornet a déjà remporté la Pierra Menta en 2008, 2010 et 2011.
Kilian Jornet a déjà remporté la Pierra Menta en 2008, 2010 et 2011. - Jocelyn Chavy

Quand Kilian Jornet a fait son apparition sur la Pierra Menta il y a près de dix ans, il n’était pas encore le phénomène actuel de l’ultra-trail et du ski alpinisme. « On m’avait annoncé qu’un prometteur Espagnol s’était inscrit dans la catégorie juniors, se souvient le directeur de l’épreuve phare d’Arêches-Beaufort Dominique Doix. Ses premiers exploits en ski alpinisme ont vite été réalisés chez nous. Sa principale difficulté a en fait été de trouver un coéquipier à sa hauteur. »

Mathéo Jacquemoud est l’heureux élu cette saison. S’il s’agit de leur première Pierra Menta ensemble à partir de ce mercredi, la collaboration sur le circuit remonte à 2010. « J’avais 19 ans, j’étais inconnu et j’étais nul, sourit Mathéo Jacquemoud. J’avais juste halluciné qu’il veuille bien courir avec moi. »

« Les lumières sont toujours ciblées sur Kilian et ça pose des questions »

Le jeune Haut-Savoyard a pourtant su rapidement élever son niveau aux côtés du triple vainqueur de l’UTMB : « J’ai toujours vu sa présence comme une motivation plutôt que comme un stress négatif. Il a une science de la course énorme. Et au moins, quand tu cours avec lui, tu n’as pas à t’inquiéter pour ton partenaire ! » Seuls les adversaires de Kilian Jornet s’irritent parfois de l’immense médiatisation qu’il reçoit.

« Les lumières sont toujours ciblées sur Kilian et ça pose des questions. Dans les Coupes du monde, on ne parle jamais des résultats des coureurs français mais seulement des siens, c’est un peu limite », indique notamment William Bon Mardion, qui participe à sa neuvième Pierra Menta. Ce régional de l’étape travaille pour la coopérative laitière du Beaufortain quand il n’est pas en compétition et il incarne un tout autre courant sportif que Kilian Jornet, « qui vit de sa passion et de son image avec la marque Salomon ».

Secouru en hélicoptère après une ascension en baskets de l’Aiguille du Midi

Une autre zone d’ombre entourant le champion espagnol tient dans ses habitudes de s’attaquer à de redoutables sommets en collants et baskets. Une pratique qui perturbe d’autant plus les traditions de l’alpinisme quand Jornet a besoin d’être secouru par un hélicoptère du Peloton de gendarmerie de haute-montagne (PGHM) de Chamonix, comme cela a été le cas en septembre 2013 au niveau de l’Aiguille du Midi…

Il n’empêche qu’autant que son ascension à pied record du Mont-Blanc en moins de cinq heures (juillet 2013), l’un des plus grands exploits de Kilian Jornet est sans doute d’avoir « démocratisé et tiré vers le haut le trail et l’alpinisme », comme le constate Jacquemoud. Dans cette optique, le reportage culte qui lui a été consacré dans Intérieur Sport a pu déclencher des vocations.

« L’athlétisme a Bolt, le biathlon a Fourcade et nous avons Kilian »

« Il y a une légende dans beaucoup de sports. L’athlétisme a Bolt, le biathlon a Fourcade et nous avons Kilian », estime même son partenaire et ami. Par contre, on n’imagine guère Jornet faire le show comme l’athlète jamaïcain. « C’est l’anti-star par excellence, assure même Dominique Doix. Tout le monde veut faire des photos avec lui et il se prête volontiers à ces sollicitations. »

Celles-ci ont tout de même fini par user le quotidien du coureur ibérique de 28 ans, qui résidait encore il y a quelques semaines à Chamonix. « Ce n’est pas dans son caractère de vouloir être trop mis en avant, confie Mathéo Jacquemoud. Son véritable public à lui, c’est la montagne. Il préfère être tranquille et ce n’est pas pour rien qu’il vient de déménager en Norvège… »

Le programme de cette 31e Pierra Menta est à consulter ici.

 

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