L'archevêque de Lyon Philippe Barbari, lors d'une prière à l'église Saint-Joseph, à Erbil en Irak, le 6 décembre 2014
L'archevêque de Lyon Philippe Barbari, lors d'une prière à l'église Saint-Joseph, à Erbil en Irak, le 6 décembre 2014 - Safin Hamed AFP

En créant leur association La Parole Libérée, les victimes présumées du père Bernard Preynat voulaient faire éclater la vérité et briser l’omerta autour de ces faits présumés de pédophilie, tus pendant plus de 25 ans. En quelques semaines, leur affaire, largement médiatisée et relayée sur les réseaux sociaux, a plongé l’église lyonnaise en pleine tourmente.

Un grand malaise qui frappe de plein fouet l’archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, visé, comme d’autres membres du diocèse, par une enquête préliminaire pour «non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans» et «mise en danger de la vie d’autrui».

20 minutes revient sur ce scandale et la stratégie bien périlleuse adoptée par l’archevêque pour tenter de calmer la tempête…

 

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  • Une affaire révélée par le diocèse de Lyon

En octobre dernier, c’est le diocèse de Lyon lui-même qui a médiatisé cette affaire, après l’ouverture d’une enquête préliminaire sur des faits présumés d’agressions sexuelles reprochés par d’anciens scouts du groupe Saint-Luc de Sainte-Foy-les Lyon au prêtre Bernard Preynat, 70 ans. L’archevêque de Lyon avait alors vivement condamné « des actes qui ont atteint des jeunes dans leur vie intime ».

  • Les déclarations contradictoires de l’archevêque

En janvier, le jour même où des victimes présumées organisaient une conférence de presse pour médiatiser l’affaire, le diocèse publiait sur son site internet un nouveau communiqué. Le cardinal assurait alors avoir reçu les premiers témoignages au sujet de ce prêtre à l’été 2014. « Il a donc demandé que soit conduite une enquête (…) C’est à l’issue de cette enquête, et quoique les faits reprochés soient anciens, qu’il a décidé de lui retirer toute forme de ministère au 18 mai 2015 », indiquait l’archevêché.

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Finalement, le 11 février dernier, soit trois semaines après la mise en examen du prêtre pour « agressions sexuelles sur mineurs », l’archevêque reconnaissait, dans une interview publiée dans La Croix, avoir été alerté des agissements du curé dès 2007-2008. Des déclarations répétées dans une interview accordée à RCF, depuis laquelle le cardinal, s’était réfugié dans le silence, refusant toute sollicitation médiatique. Il a finalement accepté de s’exprimer sur l’affaire ce mercredi 9 février, dans Le Parisien.

  • Deux plaintes contre le cardinal

Les déclarations de l’archevêque au sujet de l’affaire Preynat n’ont pas tardé à faire réagir les victimes présumées du prêtre. Les quatre anciens scouts, pour lesquels les faits ne sont pas prescrits, avaient annoncé en février leur volonté de déposer à l’encontre du Primat des Gaules pour « non-dénonciation de faits de pédophilie ». C’est désormais chose faite. Depuis vendredi, deux des victimes présumées, entendues par la justice dans le cadre de l’enquête préliminaire, ont déposé plainte contre le premier évêque de France, plusieurs membres de son diocèse et des responsables du Vatican.

 

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« Cette plainte était d’actualité avant les déclarations de l’archevêque sur l’affaire car nous avions les preuves que la hiérarchie du prêtre était au courant. C’est assez surprenant que l’archevêque ait fini par parler spontanément, qu’il change radicalement de version. Avec ses mensonges, son discours de vérité ne tient plus », avait déclaré à 20 Minutes mi-février Bertrand Virieux, membre actif de La Parole Libérée.

 

  • Comment le diocèse peut-il se sortir de la tourmente ?

Le 15 février, Régine Maire a encore plus semé le trouble en évoquant sur TLM une possible démission de Philippe Barbarin. « J’ai senti qu’il était libre pour assumer les conséquences, jusqu’au bout, si dramatiques soient-elles », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter « une démission, quelque chose comme ça ».

« C’est une déclaration impudente et prématurée », avait alors confié à 20 Minutes un autre proche de l’archevêque. « Bien sûr, l’archevêque est un homme libre, il n’est pas attaché à sa fonction. Les gens de l’église ne sont pas comme les politiques. Mais il y a une justice en France, il y aura un procès. Le jour où il faudra en tirer les conséquences il le fera, mais aujourd’hui on n’en est pas là du tout », a-t-il ajouté.

Ce mercredi, le cardinal, interrogé par nos confrères du Parisien, a assuré que sa démission n’était pas d’actualité. « Si je suis fautif, si je suis occasion à scandales, alors là on verra », a indiqué le Primat des Gaules, précisant que « la justice va faire son travail »

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Pour les membres de La Parole Libérée, en tout cas, cette hypothèse semble la plus pertinente. « Je ne vois pas comment continuer à tenir un discours de morale quand on a menti. Ses mensonges ne sont pas compatibles avec le fait de rester une référence en termes de morale et de religion. C’est quand même le premier évêque de France », ajoute Bertrand Virieux.

Un point de vue partagé par de nombreux internautes qui se sont emparés des réseaux sociaux ces dernières semaines pour réclamer la démission de Philippe Barbarin. Une pétition en ligne, signée par 900 personnes et destinée au Pape François, a également été lancée pour demander le retrait de l’archevêque.

 

 

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