L'archevêque et cardinal Barbarin.
L'archevêque et cardinal Barbarin. - Safin Hamed AFP

Il y a encore quelques semaines, l’Eglise de Lyon assurait qu’elle n’avait eu connaissance des faits qu’en 2014. Mais ce jeudi, dans une interview accordée à La Croix au sujet des agressions sexuelles présumées reprochées à un prêtre du diocèse, l’archevêque de Lyon Philippe Barbarin a finalement reconnu avoir été alerté de cette affaire dès 2007-2008.

« Une personne qui avait grandi à Sainte-Foy-lès-Lyon m’a parlé des comportements du P. Preynat [antérieurs à 1991], vers 2007-2008. J’ai alors pris rendez-vous avec lui pour lui demander si, depuis 1991, il s’était passé la moindre chose. Lui m’a alors assuré : "Absolument rien, j’ai été complètement ébouillanté par cette affaire." Certains me reprochent de l’avoir cru… Oui, je l’ai cru », indique le cardinal.

« J’observe d’ailleurs que plusieurs mois d’enquête de police n’ont conclu à aucun acte délictueux récent, ni même depuis 1991 », ajoute-t-il.

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La majorité des faits prescrits

Le 27 janvier, Bernard Preynat, 70 ans, a été mis examen pour « agressions sexuelles sur des mineurs » et placé sous statut de témoin assisté concernant des viols présumés sur plusieurs autres victimes. Des agissements qui auraient eu lieu entre 1986 et 1991.

Si pour la majorité des victimes présumées, les faits sont trop vieux pour être pris en compte par la justice, pour quatre anciens scouts de la paroisse Saint-Luc en revanche, les agressions présumées ne sont pas prescrites.

Enquête préliminaire ouverte l’année dernière

Sa mise en cause fait suite à des plaintes déposées en mai 2015 par plusieurs quadragénaires, anciens scouts du groupe indépendant de Sainte-Foy-les-Lyon. Une enquête préliminaire avait été ouverte l’été dernier par le parquet de Lyon. En janvier, des victimes présumées, réunies au sein de l’association La Parole Libérée, avaient médiatisé et largement relayé sur les réseaux sociaux cette affaire, tout en dénonçant fortement l’omerta de l’église sur ces faits.

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« Quand je suis arrivé à Lyon, je ne savais rien. Quand j’ai appris les faits, nous ne disposions alors d’aucune plainte, se justifie aujourd’hui le cardinal Barbarin. J’attends désormais la fin de la procédure civile. Si le procès se clôt en raison de la prescription, j’ouvrirai alors un procès canonique, car un jugement doit être rendu : pour cela, je demanderai à Rome que soit levée la prescription prévue par le droit canon ».

Au contact des enfants jusqu’en 2015

Après avoir été alerté par les parents de l’un des scouts concernés en 1991, le cardinal Decoutray, décédé depuis, avait écarté le curé pendant quelques mois. Puis, Bernard Preynat avait continué d’exercer dans le Roannais pendant toutes ces années et était resté en contact avec des enfants, auxquels il enseignait notamment le catéchisme.

Responsable de six paroisses pendant ces vingt dernières années, il ne s’était vu retirer ses missions qu’à l’été 2015 par le diocèse de Lyon. Mi-janvier, l’archevêque de Lyon avait indiqué avoir reçu les premiers témoignages concernant ce prêtre en 2014. « Il a donc demandé que soit conduite une enquête (…) C’est à l’issue de cette enquête, et quoique les faits reprochés soient anciens, qu’il a décidé de lui retirer toute forme de ministère au 18 mai 2015 », avait alors indiqué l’archevêché dans un communiqué.

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