Avalanche aux 2 Alpes : Les questions qui se posent sur le professeur encadrant

FAITS DIVERS Deux jours après l’avalanche survenue aux 2 Alpes, dans laquelle deux lycéens ont perdu la vie, les enquêteurs s’intéressent à la personnalité de leur enseignant…

Caroline Girardon

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Photo réalisée par la compagnie CRS des Alpes le 17 février 2012 au Grand Som dans le massif de Chartreuse en Isère, à la suite d'une avalanche

Photo réalisée par la compagnie CRS des Alpes le 17 février 2012 au Grand Som dans le massif de Chartreuse en Isère, à la suite d'une avalanche — CRS Alpes CRS Alpes

Sa personnalité est désormais au cœur de l’enquête. Le professeur de sport, qui encadrait les dix lycéens emportés dans une avalanche, survenue mercredi aux 2 Alpes, a été placé en garde à vue. Les rumeurs et les témoignages se succèdent pour évoquer à la fois un enseignant « responsable », un homme « fragile » qui a peut-être été débordé par un groupe d’élèves peu enclins à suivre ses consignes. 20 Minutes fait le point sur les derniers éléments de l’enquête.

  • Avait-il les capacités d’encadrer le groupe ?

Les ultimes informations délivrées par les enquêteurs laissent planer le doute. Michel A, âgé de 47 ans, prenait un lourd traitement, notamment des antidépresseurs et des stabilisateurs d’humeur. Il avait séjourné quelque temps dans un hôpital psychiatrique à la suite d’une dépression nerveuse. Il en était sorti au mois de novembre.

>> Lire aussi : Avalanche aux 2 Alpes : le professeur est sorti d’un séjour en hôpital psychiatrique en novembre

Une chose est sûre : sa hiérarchie semblait lui faire confiance. Et pour certains élèves, cités dans Le Parisien ce vendredi matin, « il était le meilleur skieur de tous les profs ». « C’est pour ça qu’il accompagnait le groupe le plus fort ». Les enquêteurs parlent eux d’un « skieur autodidacte ».

  • L’enseignant était-il seul ?

Non. Trois enseignants étaient chargés d’encadrer les élèves skieurs. Le référent, qui avait la responsabilité de tout le groupe, a néanmoins renoncé à dévaler les pistes mercredi après-midi, préférant rester à l’hôtel au côté d’une élève qui s’était blessée, et de deux autres, trop fatigués pour poursuivre cette journée de ski.

Le groupe a donc été divisé en deux. Les adolescents ayant un niveau plus faible sont allés avec une collègue alors que les plus expérimentés ont suivi le professeur, aujourd’hui placé en garde à vue.

  • A-t-il manqué de prudence ?

Assurément oui, si l’on se réfère aux éléments de l’enquête. Le matin du drame, l’enseignant référent avait refusé d’emprunter la piste noire, fermée au public, bien que les élèves le lui avaient déjà demandé. Son collègue ne pouvait donc ignorer ce refus, ni les consignes de sécurité.

« Il n’avait pas regardé la météo le matin des faits alors que Météo France annonçait un risque marqué d’avalanche [trois sur une échelle de cinq] », précise une source. Avant d’ajouter : « Au moment de s’engager sur la piste, il a estimé qu’il pouvait y aller et a dit qu’il n’avait pas vu le danger ». Et ce d’autant plus qu’il avait déjà emprunté cette piste la veille avec les élèves, comme le révèle Le Dauphiné Libéré.

  • Faisait-il preuve d’assez d’autorité ?

A en croire certains lycéens interrogés par Le Parisien, l’homme, présenté comme « un bouc émissaire », aurait pu être débordé par les élèves refusant d’écouter ses consignes. « Il faisait acte de présence pendant les cours, mais c’est tout. On en profitait pour faire ce qu’on voulait », témoigne un adolescent, soulignant son manque d’autorité.

Le professeur d’EPS aurait même été l’objet de nombreuses humiliations. Certains élèves racontent que leurs camarades lui balançaient des pommes de pin depuis le mur d’escalade ou lui jetaient des ballons de volley sans qu’il ne réagisse. « Je vois bien les élèves partir devant sans son accord, et lui, les suivre », estime l’un d’entre eux. La suite de l’enquête permettra d’apporter les réponses à ces questions.

Au cours de sa conférence de presse, le procureur s’est quant à lui refusé à « accabler un homme dont la situation personnelle est déjà compliquée. Ce professeur bénéficie de la présomption d’innocence ».

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