Bertrand Virieux, 44 ans, aurait été victime d'un prêtre pédophile dans les années 90 dans la région lyonnaise.
Bertrand Virieux, 44 ans, aurait été victime d'un prêtre pédophile dans les années 90 dans la région lyonnaise. - e. Frisullo / 20 Minutes

Les agressions sexuelles commises par un curé sur des scouts lyonnais, prescrites pour la plupart, auraient été passés sous silence pendant plus de 20 ans. Elles sont remontées à la surface en 2015 à l’initiative de deux victimes.

Suite à ces premières plaintes, une enquête préliminaire, toujours en cours, avait été ouverte en juillet pour « agressions sexuelles ». Elle vise un prêtre de 70 ans du diocèse de Lyon, parti à la retraite l’an passé, au moment même où l’affaire ressurgissait.

Ce mardi, plusieurs victimes présumées d’agressions sexuelles remontant au début des années 90, ont présenté leur association « La parole libérée » et leur site internet, créé pour briser la loi du silence.

« Pour moi, l’affaire était classée »

« On est là pour dire la vérité et mettre les faits sur la table », indique François Devaux, 36 ans, président de l’association. Ce chef d’entreprise et père de famille, abusé alors qu’enfant, il fréquentait les camps de scouts de la paroisse Saint-Luc à Sainte-Foy-les-Lyon, avait fait connaître les agissements de ce prêtre dès 1991. Ses parents avaient alors alerté le cardinal Decourtray, décédé depuis, et obtenu du diocèse, non sans difficulté, la mise à l’écart du curé.

« Pour moi, depuis, l’affaire était classée. Je le croyais dans une salle d’archives. La vie pouvait reprendre un cours normal », confie François Devaux. Lorsque l’an passé, il est contacté par des policiers enquêtant sur des faits similaires reprochés à l’homme d’église, il tombe de haut. « Quand j’ai compris qu’en fait il n’avait été écarté que six mois et qu’ensuite, il avait toujours été en exercice. J’étais effondré », ajoute la victime. Depuis 1991, ce prêtre, envoyé un temps auprès des Petites sœurs des pauvres, aurait ensuite été responsable de six paroisses et 15 lieux de culte, et donnait des cours de catéchisme à des enfants jusqu’à très récemment.

« Agir en lanceurs d’alerte »

Aujourd’hui, plus d’une dizaine de plaintes aurait été déposée contre lui par d’anciens scouts du groupe Saint-Luc, mais la plupart seraient couvertes par la prescription. Les abus subis par Bertrand Virieux font partie de ces faits trop anciens pour être pris en compte par la justice. « Moi, ça fait 37 ans que je vis avec ça. Cela a été ressassé, digéré (…) Aujourd’hui, on ne veut pas se substituer à l’enquête policière ni à la justice, mais agir sans haine, en lanceurs d’alerte, pour l’avenir des enfants », explique ce médecin de 44 ans.

Sur le site internet de l’association, une dizaine d’hommes témoignent des gestes déplacés qu’ils ont subis. « Les victimes étaient plutôt des garçons, âgés de 9 à 11 ans, et les faits se produisaient souvent selon le même mode opératoire », relate Bertrand. De ces samedis après-midi passés au camp de scouts, les victimes, qui pour la plupart se croyaient seules concernées, ont un souvenir intact.

Emmené dans un coin sombre par le prêtre, Didier, 44 ans, se rappelle « de son odeur, de sa respiration qui devenait de plus en plus forte. De sa façon de bouger en se frottant contre moi ». Axel, 40 ans, décrit la main du prêtre qui « descend encore jusqu’à mes parties intimes ». Jérôme se souvient des « câlins déplacés ».

Des agressions passées sous silence par le diocèse ?

Des agressions sexuelles connues du diocèse et reconnues par le prêtre, selon des documents mis en ligne par l’association. « Le diocèse était informé des faits et en décidant de replacer le prêtre dans une paroisse en contact avec des enfants, il a eu un comportement irresponsable », estime François.

En octobre, suite aux plaintes déposées dans cette affaire, l’église lyonnaise était sortie de son silence. « L’archevêque de Lyon a appris avec gravité que plusieurs plaintes ont été déposées contre un prêtre de son diocèse. (…) Le cardinal Philippe Barbarin exprime sa condamnation sans réserve des actes qui ont atteint des jeunes dans leur vie intime », avait alors indiqué l’archevêché dans un communiqué, indiquant se tenir à la disposition des personnes concernées. Depuis, l’association n’aurait jamais pu entrer en contact direct avec l’archevêque de Lyon.

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