Huit mois de prison avec sursis pour un chauffeur de taxi lyonnais qui voulait agresser un conducteur UberPop

JUSTICE Le Parquet a voulu «envoyer un message fort à la profession» : il n'a pas été complètement suivi...

Caroline Girardon

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Manifestation des taxis contre les VTC et l'entreprise Uber.  Gare de Lyon, chauffeur de taxi en greve.
Paris, FRANCE-25/06/2015

Manifestation des taxis contre les VTC et l'entreprise Uber. Gare de Lyon, chauffeur de taxi en greve. Paris, FRANCE-25/06/2015 — SIPA

Le Procureur voulait huit mois ferme, le tribunal a opté pour huit mois avec sursis. Mohamed Rabia, chauffeur de taxi de 40 ans, s’est retrouvé lundi après-midi devant la barre du tribunal de grande instance de Lyon, jugé en comparution immédiate.

Dans la nuit de vendredi à samedi, l’homme avait voulu en découdre avec un conducteur qu’il prenait pour un UberPop. Sauf qu’il est tombé sur un policier en civil, qui sortait ce soir-là avec sa compagne dans le quartier des Brotteaux.

Interdiction d’exercer le métier de taxi et confiscation du véhicule

Plusieurs faits lui sont reprochés : avoir jeté des projectiles sur le véhicule et l’avoir pris en chasse dans les rues de Lyon, mettant ainsi en danger la sécurité des passants et des autres automobilistes.

Huit mois de prison avec sursis ont été prononcés. Loin des réqusitions du parquet qui avait demandé dix-huit mois de prison dont dix avec sursis ainsi qu’une mise à l’épreuve de deux ans, l’interdiction d’exercer le métier de taxi et la confiscation du véhicule

Lyon : Un taxi s’en prend à un policier qu’il croyait être un chauffeur UberPop

A la barre, la présidente du Tribunal correctionnel énumère en détail les faits. Vers 1h45, deux policiers qui patrouillent en centre-ville captent un message radio annonçant qu’une BMW a été prise pour cible place Jules Ferry où se sont réunis une quinzaine de taxis. Le conducteur, choqué dit avoir essuyé des jets de farine, d’œufs mais aussi de pierres.

« Un caillou de 500 grammes et de 12 centimètres a été retrouvé à l’intérieur du véhicule, à l’arrière, souligne la présidente. Imaginez s’il y avait eu un enfant derrière. »

Pris en chasse

Mais l’affaire ne s’arrête pas. Alors que le conducteur file à l’hôtel de police porter plainte, il est alors pris en chasse par un taxi : une Peugeot 407 identifiée comme celle de Mohamed Rabia. Les policiers qui avaient été alertés, repèrent le véhicule et se mettent à le filer.

« Ils vous ont vu zigzaguer entre les différentes voies de circulation, déboîtant sans mettre de clignotant et grillant les feux rouges pour rattraper la voiture de devant, explique la présidente du Tribunal. Vous rouliez à 90 kilomètres/heure en centre-ville. Les piétons étaient obligés de s’écarter et de rester sur les trottoirs pour ne pas être écrasés.

Face aux accusations, l’homme jure la main sur le cœur que le scénario présenté devant le tribunal ne reflète pas la vérité. Reconnaissant du bout des lèvres qu’il était bien présent parmi les taxis résolus à chasser du UberPop ce soir-là, il finit par expliquer que le policier en civil lui a fait « deux queues de poisson » le poussant ainsi à réagir.

« Cela nous rappelle le Moyen-âge »

« Il était loin devant, j’avais perdu tout espoir de le rattraper », argumente-t-il balayant les affirmations selon lesquelles il aurait « collé et serré » la BMW à plusieurs reprises, l’obligeant même à passer au feu rouge. « Très honnêtement, je n’étais pas prêt à en découdre davantage. Je suis formel. »

Des arguments qui n’ont guère convaincu la procureur de la République. « Cela nous rappelle le Moyen-âge, à l’époque où certaines corporations refusaient de voir s’installer d’autres personnes qui voulaient s’intégrer dans la profession », déclare la magistrate soucieuse de « faire passer un message à la profession » et d'« apporter une réponse ferme ». « Nous sommes pour faire respecter la législation du travail. En revanche, nous ne tolérons aucun débordement. »

« Le pendre en place publique »

« On veut le pendre haut et court en place publique. C’est tout sauf de la justice », répond Loïc Auffret, l’avocat de Mohammed Rabia, rappelant que l’homme, ancien conducteur de bus TCL pendant 14 ans, n’a pas formellement été identifié lors des jets de projectile.

« Rien ne prouve que le fait d’avoir suivie cette voiture a créé un choc émotif », souligne-t-il « stupéfait » des réquisitions du parquet. « Il y a eu violence avec arme. L’arme en question c’est sa voiture. Il y avait une vraie volonté d’aller au contact », rétorque ce dernier qui n'a pas été suivi par le tribunal.

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