Lyon: Cent stations de ski déjà condamnées?

Neige Les scientifiques sont formels: le réchauffement climatique sera fatal aux stations situées en dessous de 1.800 mètres...

Pierre Comet

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La neige se fait de plus en plus rare dans les Alpes, depuis soixante ans

La neige se fait de plus en plus rare dans les Alpes, depuis soixante ans — Sim Sim Wissgott, Muriel Merino AFPTV

Les stations des Alpes auraient, sans doute, préféré que les scientifiques tiennent un autre discours, avant-hier, à Grenoble, lors d'une conférence sur le climat. Malheureusement, la réalité est là. Et elle est implacable.

«Depuis qu'une station météo a été installée au col de Porte en 1960 (col de 1.326 mètres au nord de Grenoble), une diminution très nette de l'enneigement est constatée, atteste Jérôme Chappellaz, glaciologue et directeur de recherche du CNRS. Cette diminution causée par le réchauffement climatique s'exprime en durée mais aussi en épaisseur. La hauteur de neige moyenne est notamment passée d'1m20 à 50 cm en 55 ans.»

A ce rythme, ce sont près de cent stations de ski des Alpes qui sont menacées. Et l'échéance est faible... «D'ici une décennie, maximum deux, toutes les stations dont les domaines skiables se situent en dessous de 1.800 mètres sont condamnées, reprend le glaciologue. Elles auront toujours droit à quelques épisodes neigeux mais elles ne pourront plus exister dans la durée. Il est malheureusement temps pour elles de penser à leur reconversion...»

«Nous ne sommes pas dans le déni»

Glaçant. La plupart des stations de la Chartreuse, du Vercors, du massif des Bauges ou encore du massif des Bornes sont directement concernées. Thierry Gamot, maire d'Autrans en Isère (de 1050 à 1700 mètres) est conscient de cette issue : «Nous ne sommes pas dans le déni. Nous savons très bien que nous nous situons dans la tranche d'altitude qui va connaître les difficultés les plus importantes. Aussi, depuis plusieurs années déjà, nous nous préparons. Pour se faire, nous diversifions nos activités et nous raisonnons en termes d'attractivité globale du territoire.

Nous refusons d'être défaitistes. Après, il est clair que plus longtemps nous aurons de la neige, mieux ce sera. C'est pourquoi nous donnons l'exemple en éteignant l'éclairage public la nuit, en isolant les bâtiments, en mettant en place des navettes...»

Des petits riens. Mais qui ont tout de même un sens, à en croire Jérôme Chappellaz. «On ne peut plus nier aujourd'hui l'impact de l'homme sur le réchauffement. Toutes les données le prouvent.»

«Le défi de l'humanité»

Dès lors, est-il encore possible d'agir et de sauver les stations en péril? «J'ai bien peur qu'il soit déjà trop tard, regrette le directeur de recherche. Même si l'Homme arrêtait subitement de produire du gaz carbonique, il faudrait plusieurs années avant d'en ressentir les effets à cause de l'inertie. La hausse de température de 2 degrés qui condamnera ces stations me semble inéluctable.

En revanche, il est encore temps d'intervenir pour ne pas dépasser ces deux degrés qui correspondent à un climat à peu près stable. Le chiffre à ne pas dépasser, c'est 1.000 gigatonnes de C02 dans l'atmosphère. Nous en sommes déjà à 750 gigatonnes et nous produisons 10 gigatonnes par an. Il y a urgence... Au-delà, on ne sait alors rien de ce que pourrait devenir le monde... C'est le défi de l'humanité.»